dimanche 27 avril 2008

Sur la perte de temps

Voilà une autre lettre,

Je vais écrire quelques lignes sans trop avoir de plan ou même d'idée. C'est parce que je vais commencer un peu mon quotidien.. ou plutôt une des choses qui m'occupe les pensées. La "perte" de temps. Est-ce que telle chose existe?

Ma première réponse est oui. Pour plusieurs raisons, mais ce serait au-delà de tout une réponse de lieu commun. On peut perdre notre temps!... Mais si on y pense bien, l'idée même de "perte" de temps réside dans la division entre les choses "utiles" à faire. Des choses qui font qu'on peut dire sans mentir que l'on a pas perdu son temps. Puis, il y a les choses "inutile" qui nous permettent ou plus souvent qui permettent aux autres de dire que l'on a vraiment perdu notre temps.

Ne serait-ce qu'une position idéologique? Je pense que c'est proche de cela. Parfois je fais des choses que même moi qualifie de pertes de temps... l'internet peut être une source de bien du temps perdu. Mais très souvent, ce temps que j'ai "perdu" est un temps que j'ai apprécié, qui m'a été plaisant. Est-ce du temps perdu? Il faut pour effectuer un jugement sur ce genre de chose prendre une position éthique. Est-ce que faire des choses plaisantes vaut mieux que faire des choses utiles? Ou vice-versa?...

Je trouve difficile de faire des jugements moraux sur soi et sur les décisions éthiques que les autres font face à eux-mêmes. Je pense que la morale ici débute lors de la rencontre de deux êtres. On pourrait dévier et définir ce qu'est un être. Est-ce seulement les humains ou certaines espèces animales? Certains philosophes travaillent à faire valoir l'égalité de droits des grands singes avec les humains. Je vais personnellement en rester aux humains, sans discarter de telles possibilités. Un être, dans ma réflexion un humain, seul sur une île déserte n'aurait pas de devoir moral, de devoir éthique. Il n'aurait que lui. Il commencerait à avoir besoin de ce genre de réflexion quand arriverait un autre humain. C'est dans le contact social que la morale naît.

Reste que même avec cette "philosophie ", j'ai de la difficulté à me défaire du sentiment parfois fort de perte de temps. Oui, parfois je suis content d'avoir "perdu du temps", mais parfois je le cherche, j'en voudrais plus et je voudrais ne pas avoir ce tempérament qui me fait perdre du temps plus souvent que je ne le veut.

J'entends parfois des gens dire qu'il arrête d'aller sur internet par exemple en prétextant qu'il y perdait trop de temps. Je suis parfaitement d'accord avec ces personnes. Parfois, j'ai ce petit côté susceptible qui prend l'attaque contre internet personnel. Parce que je passe beaucoup de temps sur internet, mais je me reprends. On peut vouloir changer les choses que l'on fait en qualifiant les choses que nous faisions et que maintenant trouvons inefficace de "perde de temps", mais est-ce vraiment de la perte de temps? J'en doute. Ce serait plutôt un changement personnel. On change en disant, je suis cela, et je ne veux plus l'être... Stratégiquement, on peut décider de critiquer son ancienne manière d'être pour plus facilement la quitter. Enfin...

Je m'égare, nous en reparlerons

Gabriel

Sur les modèles, les mentors et l'inspiration

Salut,

J'ai toujours eu des modèles. Aussi loin que ma mémoire me le permette, j'ai eu des gens, réels ou fictionnels, sur qui je prenais inspiration. Je passe les parents et la famille, parce qu'ils vont de soi. Je vais plutôt parler des autres et de l'idée même d'avoir des modèles.

On dit que l'individualisme est la caractéristique du monde moderne. Comme tu me connais, je suis assez loin de m'opposer à cela. J'en suis loin, mais il y a des détails dans cette forme d'individualisme qui me déplaisent. Qu'est-ce que c'est? C'est une sorte de dédain de l'idée de modèle. Les exemples ne manquent pas et je ne me perdrai pas dans l'énumération, mais je pense que tu t'accorderas avec moi quand je dis qu'il n'est pas dans l'air du temps d'avoir des mentors, des guides et des modèles. Le temps est celui de la pensée pour soi. Comme si on pouvait penser bien sans avoir été guidé ou seulement inspirer. On fait l'apologie de ceux qui ont supposément vu naître en eux une idée géniale. Ceux-là mêmes qui ont une idée géniale et nouvelle semblent vouloir nier l'influence que d'autres ont eu sur lui. Qui que soient ces autres.

J'ai écrit dans une de mes dernières lettres quelques mots sur les contes, les légendes et par extension, les héros. Ils étaient les modèles des temps anciens, ils étaient partie prenante d'histoire servant à faire réfléchir la jeunesse et même les hommes mature. Ce qui m'attriste est qu'aujourd'hui, les histoires et les contes ne sont plus inspiration... parfois réflexion, je le veux bien, mais rarement sujet de grande réflexion morale, éthique et philosophique.

Un ami hier parlait de ça avec moi. Il disait que la littérature française contemporaine était sans action, vide de mouvemement, seulement fondé sur des questions... et quelles questions!? Je pense que ce qui gangrène la littérature française contemporaine ce sont ces questions. D'un coté parce qu'il manque réellement d'action et de l'autre parce que les questions ne sont pas nouvelle, originale et qu'il n'y a pas de personnage fort qui prend sur soi de tenter d'y répondre.

Je n'irai pas encore dans mon éloge des contes et légendes, mais je pense que ce qui caractérise ce genre d'histoire ce sont les personnages, même pris dans un nombre énorme de questions morales possibles, ne s'y arrêtent pas. Ils répondent à la question et en endurent les conséquences. C'est alors au lecteur de penser, de réfléchir sur l'ensemble de l'événement par lui-même. Il y a donc deux niveaux de lecture. L'aventure à proprement parlé qui peut être appréciée pour elle-même et le côté "philosophique " de l'histoire qui peut être abordé par le lecteur s'il le veut bien.

Malgré tout le mal que j'ai dit de la série Harry Potter, je reste à croire que ce fut une excellente chose pour la littérature. Bien des gens se sont mis à lire grâce à cette oeuvre. Non seulement ça, mais bien des gens ont commencé à réfléchir sur des questions inspirées par le livre. Ce n'est sûrement pas pour rien que des livres comme "Harry Potter et la philosophie" ont été publiées.

C'est là le point de ma pensée. Je reste assez convaincu que l'individualisme est une bonne chose, mais pas ce genre d'individualisme à la sauce : "Tu n'as pas à t'intéresser à la pensée des autres. Tu as magiquement en toi tout ce qu'il faut pour penser par toi-même.". Outre un peu de sarcasme, c'est principalement ce que je reproche à l'individualisme tel qu'on le propose aujourd'hui. On ne cesse de parler de pensée critique, mais si cette pensée est vide... ce sera une critique vide que l'on va faire.

Je ne veux pas te paraître réactioniste, conservateur. Je veux seulement penser à cette idée de modèle. La culture comporte bien des objets d'inspirations. Encore là, on pourrait dire que l'idée de modèle, d'inspiration s'oppose à la culture comme consommation. On ne consomme pas des modèles si on veut qu'ils nous changent... sauf si on réside dans un imaginaire cannibalise. La consommation veut que l'on profite d'un personnage le temps de son aventure et qu'on en cherche une autre dès que celle-ci est fini. De la manière que j'imagine un modèle, est un personnage qui nous suit plus longtemps. C'est une personne avec qui nous restons en dialogue longtemps. Nous commençons lié à son oeuvre comme d'une référence... et ensuite on la critique... et finalement où le laisse derrière en acceptant son héritage dans notre personne.

J'ai eu dans ma vie plusieurs modèles. Outre les gens de ma famille qui m'ont influencé, il y a des auteurs, des héros, des personnages, des professeurs et des amis. Tout le monde a des modèles et des inspirations, mais la culture moderne semble encouragée à s'en détacher... mais je pense qu'il faut les chercher, les questionner et vivre avec eux une relation d'amitié et de mentorat. Il faut les lire et les relirent pour les comprennent. Si on reste critique face à tout, sans support... je ne sais ce que cela peut donner.

Je me perds... Il est tard et ce que j'écris manque de forme. J'en suis conscient. Nous en reparlerons de vive voix dans un mois. Oui, un petit mois.

À bientôt

Gabriel

jeudi 24 avril 2008

Rage, distance, femmes et plus si affinités

ENCORE!!!!

Encore une fois, je t'envoie une lettre sous influence. Il faut que j'écrive quelque chose. Il faut que je me révolte.

J'ai quelque chose contre le romantisme! J'ai en ce moment une sorte de frustration qui vient d'exploser! J'ai beaucoup de difficulté à sourire ou à prendre sans sarcasme les affirmations qui sonnent comme "J'ai changé, les choses ne seront plus comme avant". Voilà! C'est dit! À chaque fois que j'entends ce genre de chose, je suis pris d'une sorte de démangeaison, de malaise! Pourquoi? Sans trop réfléchir, plus porté par mon mépris, je répondrais que c'est le fait qu'un individu porte un jugement sur lui aussi drastique et définitif. Je pense que nous sommes le pire juge de nous même sur bien des points, pas tous, mais beaucoup. Constater que l'on a changé est une chose qui est une chose que l'on ne peut faire seule. Si plusieurs constatent la même chose. Alors là on peut affirmer qu'il y a de grandes chances que l'on ait changé, mais j'ai de forts doutes sur la pertinence d'une affirmation comme "J'ai changé" quand la personne concernée est la seule à avoir ce sentiment et vient m'en informer.

Oui! C'est bien certain : tout le monde chance! Certains plus vite ou plus drastiquement que d'autre. Les choses changement, les événements aussi et on peut avoir un sentiment, un doute. C'est peut-être parce que j'ai un certain doute face à toute affirmation sans doute ni fondement. J'aime mieux entendre "Je pense que j'ai changé", "Je crois avoir changé " ou "Je suis justifié de croire que j'ai changé" que "J'ai changé! Voilà que je t'informe de cette Vérité avec un "V" majuscule!".

Nous sommes piètres juges de nous-mêmes! Là, je pourrais avouer la faiblesse de mon argumentaire si on attaquait de manière soutenue cette prémisse. Oui, on est le mieux placé pour dire que l'on a faim, soif ou que l'on aime la couleur bleue, mais en matière de constat de fait sur nous... surtout dans le domaine aussi subjectif que le changement de comportement. C'est une autre affaire. Une personne qui n'aurait qu'une facette dans sa personnalité. Une personne qui serait toujours la même aurait déjà beaucoup de difficulté à juger de sa transformation. Déjà que je doute de l'existence de gens aussi simple... mais j'ai encore plus de difficulté à coir qu'une personne qui a différentes manières de gérer différentes situations peut juger d'un changement global quand il est dans les événements. Encore là, je me base sur ma prémisse... mais c'est pour exposer ce que j'entends par là! Si l'ensemble des gens entourant cette personne affirmait que cette personne a changé, je serais porté à les croire. À ce titre, la personne concernée serait justifié d'affirmé qu'elle a changé, mais se montrerait, selon moi, plus convaincante s'il disait :"Mes amis proches disent que j'ai changé à cause que..." ou "j'entends de plus en plus dans mon entourage que j'ai changé depuis X. Ça me plaît parce que je crois aussi avoir changé...".

Je suis fâché! Frustré! Rageur et attristé! Je pense que ma lettre sur cette femme présentement en Australie t'a fait croire, malgré mes avertissements, que j'étais plein d'un romantisme profond et de sentiment intense! Faux! Il y a des choses plus fausses, mais ce n'est pas dans le domaine du Vrai. Je vais nuancer et diluer les sentiments que j'ai présentés dans cette lettre par un discours relativiste à la limite du stoïcisme et de l'épicurisme. Entre les deux? Oui, dans l'optique où ils sont tous deux des promoteurs de morale d'une certaine manière "ascétique".

Là, tu peux avoir raison. C'est un aveu de contrôle de moi qui laisse transparaître des sentiments. Je ne le nie pas, mais ici, tu lieras ma réflexion sur la distance. Je ne vais pas écrire longuement. J'ai déjà pris assez de papier pour écrire ma frustration que je ne vais pas en prendre plus pour évacuer les fausses idées que tu pourrais avoir. Tu me connais assez pour savoir ce que je pense quand je suis dans un état pareil, même si tu n'as devant toi que quelques lignes de textes écrits dans une encre noire pleine de rage.

Oui, j'ai eu et j'ai encore des traces de sentiment pour cette femme en Australie, mais il vient un temps où ce que l'on "réalité" commence à murmurer des choses. Ici, ce qu'elle dit c'est : "Distance". Ce n'est pas sorti. Je n'ai pas besoin d'avoir étudié les méthodes de la cabale ou l'art de lire dans les céréales baignant dans le lait pour comprendre ce que cela veut dire. Elle est en Australie et moi je retourne au Canada! Simple, direct! On pourrait dire que les sentiments peuvent durer. Oui, on "pourrait" le dire, mais ce serait présumer sur l'avenir. La réalité parle de maintenant et de l'éternel "tusuit" et ce présent dit que les choses ne changeront pas de si tôt. J'entends ta réponse :"Mais les choses PEUVENT changer." Oui, mais ton argument serait alors simplement rhétorique. Il y a des chances qu'un éclair me foudroie MAINTENANT... non. Enfin. Vois-tu mon point?

Enfin! Je me plie à la réalité comme le feraient épicurien et stoïcien. Oui, les hédonistes aussi. Non avec un peu de tristesse, de vague à l'âme, mais je le fais quand même. Je pourrais reprendre aussi la logique de ton argument et dire que je pourrais bien, dans peu de temps, rencontrer une femme qui occuperait mes pensées plus fortement et plus intensément que cette allemande exilée l'a fait.

Oui, il y a des femmes à Montréal qui avaient su me faire oublier ce sentiment pour l'Europe et l'européen et me faire rêver d'un présent. Tu les connais et je vais aller les rejoindrent dans peu de temps. Peut-être que je ne perdrai pas mon titre d'éternel célibataire de si tôt, mais au moins ce ne sera pas la distance qui causera le problème. Peu rassurant, mais changeant pour le moins...

mercredi 23 avril 2008

Contes et légendes

Bonsoir mon bel ami,

Les mille et une nuits sont des contes que j'ai toujours aimés. Depuis que j'ai l'âge de comprendre les mots du langage, j'ai toujours apprécié les mondes à mi-chemin entre le réel et l'imaginaire... même si j'ai aujourd'hui des doutes sur la distance qu'il y a entre le réel et l'imaginaire. Baudolino, un autre livre que je lis ces jours-ci écrit par Umberto Eco, exprime bien mes espoirs en même temps que mes craintes. Enfin... Il reste que je suis profondément touché, à chaque lecture, par les mondes de ces mille et une nuits. Comme je disais adolescent : "Quand trouverais-je ma Shéhérazade pour occuper mon lit toutes les nuits de ma vie?" et je pense que l'idée reste d'actualité.

As-tu déjà lu entendu ou lu quelques légendes et histoire que cette fantastique femme raconte à son mari sanguinaire? Si tu me le demandais, je ne saurais t'en suggérer une, ou deux... Je dirais qu'il faudrait que tu prennes un bon thé et que tu lises ce que cette belle de l'est raconte à son royal mari. Tu y verrais beaucoup de choses originales, nouvelles et qui ont été penser il y a déjà des siècles. Tu y verrais l'origine de bien des histoires de notre modernité. Je ne parlerais pas d'Ali Babe et de ses 40 voleurs ou de Sinbad, mais je t'encouragerais à lire toutes les histoires mêlées avec la caverne d'Ali Baba

J'ai été souvent regardé de travers quand j'affirmais lire des contes, même s'ils étaient d'une aussi grande valeur que les mille et une nuits et je n'ai jamais compris pourquoi. Qu'a-t-on contre ce genre? Est-ce parce que conte rime avec histoire pour enfant? Je crois qu'il y a un peu de vrai dans cela, mais c'est, comme pour bien des choses, l'affaire de ceux qui jugent avant de connaître.

Oui, Aladin a été repris par Disney comme bien d'autre conte, mais il a été refait, revisité pour plaire à un public différent. Je ne serais pas prêt à dire que les mille et une nuits sont pour un jeune public. L'introduction même est bien l'histoire d'une femme qui, trahissant son mari, le pousse à tuer femme après femme après avoir couché avec elles jusqu'à ce que la fille de son Vizir Shéhérazade, vienne et commence à lui conter des histoires plus merveilleuses les unes que les autres. Le poussant ainsi à l'épargner pour qu'il puisse ainsi entendre la suite. Belle histoire pour les enfants, non? Et les contes ont tous un petit quelque chose de sombre comme ça. C'est ce qui me charme et qui a sûrement charmé tous ceux qui ont voulu travailler des mois pour en faire une version accessible aux enfants.

Encore là, on ne parle généralement que d'une traduction des contes. Celle que j'ai à ma disposition, celle d'un certain Antoine Galland. On dit qu'il aurait voilé l'invitation charnelle des contes pour s'adapter aux moeurs de son temps. À l'époque de Gide, il y aurait eu une autre version qui, dit-on, serait plus près du texte, plus érotique et érotisante. Une anecdote relève que la mère de Proust affirmait qu'elle ne pouvait se passer de cette version plus charnelle, mais qu'elle encourageait son fils de s'en tenir à celle de Galland. Amusant, non? Cela ne change pourtant rien à mon indifférence pour Proust... Enfin...

J'aime les contes. Ils ont souvent, mais pas toujours, un quelque chose de moral. Une sorte de profondeur qui permet au lecteur de réfléchir sur des questions philosophiques, éthique. Certains sont directement moralisateurs, mais argumentent d'une manière plus intéressante que l'exposé ou la leçon. Encore là, sur un terrain qui normalement ne me plairait pas, il gagne des points et touche mon intérêt. Est-ce pour cela qu'il est souvent dédaigné par les gens que j'ai rencontrés? Parce qu'il parle de morale et fait réfléchir? Je ne sais pas, mais s'ils sont réellement enfantins, alors je suis content de rester enfant et je vais me faire un plaisir de raconter à chaque soir un conte à mon fils. Il connaîtra les mille et une nuits comme il connaîtra Perrot, Lafontaine, les frères Grimm et tout ce qui tourne autour des contes : les mythologies comme l'Odyssé, l’Iliade, l'Edda (la grande saga norvégienne) et tous les autres "mythes fondateurs". Pour petit et grand, je pense que ces textes restent d'excellent point entre l'éducation et le divertissement.

J'allais demander rhétoriquement "Pourquoi est-ce que Batman plairait plus qu'Achile ou pourquoi Superman plus qu'Hercule? Ne sont-ils pas autant fort, aventuriers, rebelles?". J'allais poser la question la prenant comme un argument, mais je trouve maintenant qu'il peut y avoir débat. Batman et Superman sont des héros plus modernes, plus près de la réalité contemporaine que le sont Achile ou Hercule (le sont-ils? dans le temps peut-être, mais...). Superman et Batman ont aussi un contenu moral et philosophique. Ils se battent tous deux pour défendre les hommes et ils doivent faire des choix moraux, éthiques entre leurs devoirs de héros et leurs vies quotidiennes. Je ne porte pas de doute trop direct en la valeur de ce genre de questionnement. Il y a pourtant une différence d'objectif entre les héros en vêtement coloré et nos héros grecs. Est-ce que Hercule veut sauver le monde? Pas à ce que je sache. Il veut devenir dieu et être accepté à l'Olympe. Assez individualiste comme morale? Puis Achile, est-ce un modèle éthique? Pas vraiment plus. Il boude un peu et fonce venger son ami, faire la guerre et acquérir gloire. Puis dans l'Odyssé, Ulysse, est-ce qu'il est mieux? Peut-être. Il tente de rejoindre sa femme et de sauver les hommes qui sont avec lui, son équipage. Reste qu'il a quand même défié les dieux! Je pense que c'est ce qui capture mon suffrage. Je préfère des rebelles comme Ulysse , Hercule et Prométhé que des sauveurs comme le Christ ou Superman. C'est bien Prométhée qui vola le feu aux dieux et créa les hommes. N'est-ce pas un symbole fantastique!? Le créateur des hommes est un voleur autant qu'un créateur!

Voilà un conte fantastique que je ne voudrais pas manquer de raconter à un enfant. Pour faire mon provocateur, je dirais que j'aimerais mieux donner en modèle de vertu un homme qui vole le feu pour le donner aux hommes dans le présent, pour les eiders, qu'un vendeur d'arrières monde et de vie après la mort. J'aime mieux proposé à mon enfant un homme libre et heureux et créateur qu'un vendeur et prêcheur...

Enfin! Il se fait tard et je veux aller rejoindre mes Pénélopes dans le royaume de Morphée.

Je ne t'oublie pas. Voilà une petite photo d'un petit paradis statuesque à Berlin. Le musée de Pergame (Pergamonmuseum en allemand) où je suis allé trop peu de fois encore pour bien profiter de la grandeur de ce qui s'y trouve!



Bonne nuit

Gabriel

Sur ces lettres que je t'écris

Salut,

J'ai une relation étrange avec ces lettres que je t'écris. À la fois, je ne veux pas qu'elles sont trop personnelles, trop priver et à la fois j'ai envie de te parler, toi, mon ami, de ce qui m'arrive. Je dis que je ne veux pas t'écrire sur des choses privées parce que, tu me connais, j'ai toujours préféré l'oralité, le dialogue direct, physique. Je me défends tout de suite. Ce n'est pas une forme de romantisme préférant les formes plus "originales " et "primaire" de l'action humaine. Je préfère le contact physique et direct parce que, malgré toutes les découvertes de la modernité, les choses que le corps communique sont encore plus nombreuses que celles que peuvent faire voyager les merveilles de la technique contemporaine.

C'est peut-être pour cette raison que tu me manques autant. Tes petits sourires en coin me manquent autant que tes regards sceptiques et tes rires discrets. Ce sont des choses qui sont difficilement inscrivible sur le papier. L'encre et les résidus de bois traité sont encore réservés à ce qui peut s'incruster et laisser une trace. Je veux dire par là que je vais sans doute te paraître parfois plein de secrets sur des choses personnelles, mais ce ne sera que pour mieux te les révéler quand le temps d'un café ou d'une bière au coeur de notre chère ville.

Nous en reparlerons

Ton épistolaire d'ami

Gabriel

Quand tout revient au même...

Bonsoir mon ami,

Sais-tu? Parfois les choses reviennent... toujours... Je reviens d'une superbe soirée avec des amis. Je suis allé visiter, avec cette chère Mélanie, un petit village... un peu à l'image d'Osterholz-Scharmbeck, où travaille un autre assistant : Scheessel qui se trouve à mi-chemin entre Brême et Hambourg. J'ai beaucoup apprécié ma visite. L'endroit était charmant, beau, calme. Un peu comme ce petit village où je travaille et un peu comme tous les autres petits villages de la région que je n'ai pas visités. Nous avons avec notre hôte fait un rapide tour de la ville. C'est vrai qu'il n'y a pas beaucoup à voir. Quelques belles maisons, un ruisseau qui donne son nom à l'école du village et quelques autres trucs qui méritent un coup d'oeil en passant voir là où vit un ami. Notre hôte fut rapide, mais très compétent à nous faire découvrir les charmes de son petit village. J'ai été amusé de voir le pragmatisme des habitants. La rue où se trouvent les principales banques porte le nom d'une banque. La rue de l'école porte un nom faisant directement référence à cette caractéristique : Schulstrasse ou rue de l'école. La journée fut belle, calme et intéressante. Nous avons marché, mangé, bu et discuté. L'alcool coulait à flot et les mots n'en faisaient pas moins. Ce qui, tu n'en seras pas surpris, m'a fait passé un moment encore plus intéressant qu'il l'était déjà. Il y avait longtemps que je n'avais eu un temps aussi plaisant. Cette charmante photo de notre ami montre bien l'énergie et l'ambiance de notre soirée! Elle montre notre route du village vers Brême où nous allions finir la soirée. La joie comme les différentes conversations n'ont pas manqué et l'intérêt non plus... mais un sentiment est aussi revenu. Les bons mots et les idées intéressantes soulèvent parfois la poussière sur des choses qui veulent rester loin.

Avant toute chose, il faut une remise en contexte d'une ligne. Hier, après le victorieux match de nos chers Canadiens de Montréal, j'ai appelé cette belle qui occupe sans cesse et toujours un bout de mon coeur. Tu n'as pas besoin de nom, je le sais. Tu sais aussi qu'elle est présentement loin, en voyage quelque part de l'autre côté du monde, en Australie.

Donc, cette soirée bien arrosée avec des amis a été le théâtre d'une belle démonstration d'amour. Mélanie n'avait de cesse de faire référence à l'homme qu'elle aime. Sans du tout être déplacé, son insistance à parler de l'objet de son amour ne faisait qu'éveiller les morceaux de ce sentiment chez moi. J'avais parlé à celle qui serait le plus près d'être l'objet de mon coeur la veille.

Ironie, je sais, car elle est, celle à qui je pense, à des dizaines de milliers de kilomètres de moi... et ce serait elle la plus près d'être dans mon coeur. Enfin... Voilà que je pense à elle à cause de ça! J'en perds ma littérarité, n'est-ce pas?

J'ai longtemps et encore récemment défendu que la vie était quelque chose de relativement facile si on avait une vision d'elle comme telle. Je n'avais pas pas vraiment rencontré des forces insurmontables depuis un bon moment, mais je n'arrive pas à me défaire de ce sentiment, de cette femme. Je suis arrivé à bien des choses, mais c'est quelque chose qui, là, me dépasse.

As-tu déjà ressenti un tel sentiment? Je n'en doute pas vraiment, mais qu'as-tu fait? Tu connais mon histoire et je n'ai pas à répéter les montagnes et les rivières qui décident de tremble où de déborder dès que nous voulons nous rapprocher. Est-ce bien vrai "Ain'T No Mountain High Enough"? Je crois que oui... mais aussi qu'il y a des défis qui demande trop d'effort, de sacrifice et surtout, de temps! Dois-je attendre encore, patiemment que les choses nous rapprochent encore ou dois-je foncer encore comme j'ai déjà fait pour, peu ensuite, voir une montagne s'ériger entre nous?

Les faits sont là, secs et froids. Elle est à plus de 10 000 kilomètres de moi et il y a peu de chance que nous soyons dans un avenir proche, encore réuni. Triste et c'est à cela que m'a ramené cette soirée avec deux très bons amis. Autant les sujets de nos discours rappelaient Mélanie à son amoureux duquel elle serait bientôt près, autant il me rappelait la distance, l'absence et le sentiment qui cherche à être oublié. Même le plus petit sujet, la plus petite pensée! On parlait de Dieu, elle lisait avant notre dernière séparation "The God Delusion". On parlait de voyage, elle était pleinement dans une grande aventure australienne. On parlait de quelque chose, cette chose donnait de la vie à ce qui voulait en perdre.

Je faisais récemment le tour de mes photos. Tu m'avais demandé de t'en envoyer un peu plus pour illustrer mes propos. Peux-tu être es-tu un peu plus "visuel" que je le suis. À toi de me le dire. Je fouillais donc dans mes photos et j'ai fait ressortir de mes montagnes d'images ces trois photos. Ce n’est peut-être pas les plus belles ni les mieux prises, mais elles ont un fond très direct et près de leurs objets qui me plaise... surtout que l'objet c'est moi et elle.

Ici, c'est le dernier jour de ma première visite à Berlin... il y a déjà de cela 2 ans... ... C'est étrange. Je n'avais pas, depuis ce moment où je t'écris, calculé depuis combien de temps ce nom s’est imprimé dans ma tête. Déjà 2 ans...

C'est un peu après... c'est pendant l'hiver de janvier 2007, encore à Berlin. Encore une photo de départ.

Ouais... une autre photo de départ. Cette photo a déjà... quelques mois...

On me reproche parfois (rarement et j'en suis content) de cacher ce coté "romantique" (arg...) de moi. Ce côté qui reste pris par une pensée, une idée ou un nom qui devient presque obsessionnel. Je reste sans inspiration maintenant. Que dois-je faire? Mon pragmatisme voudrait oublier, simplement ou seulement arrivé à ne plus être influencé par cette pensée, cette idée, ce nom. De l'autre côté, je pense à elle et cherche un moyen d'être encore près d'elle. C'est aussi ce côté qui me fait oublier les autres femmes. J'ai l'oeil facilement excité par la beauté de toute chose et de toute femme, mais il y a aussi des pensées qui restent, des images qui se fixent, des noms qui se gravent. Il reste ce nom : Christina sur une pierre et répéter mille fois comme dans un éloge, une complainte.

J'aime penser à ma mémoire à mi chemin entre un musée et une bibliothèque. Autant plein d'image et d'objet, que de manuscrit et d'imprimé. Elle serait pleine de tout ce qui fait un monde, une vie. Musique autant que statue, les lieux seraient plein de sublimes et terribles visions. J'imagine un lieu long, grand, immense, infini peut-être comme pourrait l'être une bibliothèque à Babel. J'imagine les couloirs élancés, à la fois droits et sinueux, ordonnés et labyrinthiques. Plein d'une mémoire patiente et encore vivant, désirante, mais voué à l'oublie, au changement, à la fin. Il y aurait exposé quelque part, en ce moment, dans cet endroit qui serait moi, une large pierre avec son nom et une statue de deux mains...

Ton ami

Gabriel

dimanche 20 avril 2008

"We have a deficit of wonder right now." - Tom Waits

Bonjour mon ami,

Je viens de lire cette citation d'un musicien que j'adore. "We have a deficit of wonder right now." (Source: "Tom Waits: Dancing In" The Dark Harp Magazine (USA), by Tom Moon. December, 2004) et je pense saisir ce qu'il veut dire. Dans son contexte, il parlait de l'internet.

L'internet a peut-être été un bien et un mal dans mon aventure européenne. J'ai été très près de mon pays et de toi avec lui. Je pouvais t'écrire facilement et avoir des informations sur mon monde sans difficulté. Le mal était, que je n'étais pas totalement ailleurs, pas totalement étranger. J'avais toujours à porter un peu de chez moi. Je n'en vois pas trop un mal personnellement... ou, plutôt, j'en vois plus de bien que de mal. Même sans cet outil j'aurais trouvé moyen d'être avec mes choses, mes affaires et mes pensées. Je me serais plongé dans d'autres parcelles de ce qui me fait, même si ça avait été un peu plus difficile.

Reste que je comprends que l'internet détruit les merveilles ou reprends leurs charmes. Je ne peux cesser d'imaginer la sorte de joie étrange que pouvaient ressentir les voyageurs européens partant pour les mondes inconnus. Ce sentiment c'est dissipé maintenant à cause des communications de masse et des transports. Je reste nostalgique de ce monde où l'ailleurs était lointain, différends, autre.

J'aurais pu tenter de me réapproprier ce sentiment, cet état de constante nouveauté, mais je pense que dans ma situation ce n'était pas ce qu'il fallait. Je devais rester 8 mois au même endroit. Les voyages n'étaient que passager. J'avais un camp de base fixé.

Il faut être dans un mouvement un peu moins organisé pour prendre avantage vraiment de ce dépaysement et de cet état antique d'exploration. Fixé à un point, sans trop grande ressource, dans un pays étranger, l'ennui peut facilement se prendre de toi. Je connais très bien Brême maintenant, je l'ai exploré sans arrêt. Je connais aussi Osterholz-Scharmbeck et maintenant que l'été approche je vais aller à l'exploration des régions autour. J'aurais fait le maximum de découverte de l'endroit. J'aurai bougé au maximum. Pour le dépaysement, je pense que l'Allemagne n'est pas assez étrangère comme pays pour vraiment subir un changement drastique.

Les merveilles d'ici sont celles que je connais chez moi. Ce sont celles de l'occident. Il y a des merveilles dans le monde, mais elles se sont regroupées... ou se sont déplacées. Voyager de Montréal à Paris n'est plus l'extrême dépaysement que c'était il y a de cela quelques décennies. Les grandes villes gardent un charme comme les régions les plus reculés, mais plus on peut les rejoindres facilement, plus elles perdent de leurs merveilles. Leurs magies prennent le chemin de transport le plus près et se fondent avec l'ensemble de sa région. Il se regroupe. Ce sera toujours quelque chose de merveilleux pour un habitant de plaine d'aller dans les Indes ou en Himalaya, mais un point ou l'autre de cet endroit se sera fondu aux autres. Cela est encore plus vrai pour les cités.

On pourrait accuser l'américanisation, mais ce ne serait pas le seul coupable. Ce sont les moyens de communications et de transport. Des pays aussi vastes que la Chine avait jadis de grandes différences et celles-ci s'atténuent aussi à cause des transports plus faciles. Moins rapidement qu'ailleurs dans le monde, car les transports sont moins développer, mais c'est là la source des changements.

Je n'écrirais pas plus. Ce ne sont que mes sentiments sur le transport et le voyage, sur les merveilles et les différences.

Tu peux toujours m'écrire ce que tu en penses. J'aime lire tes pensées et tes mots.

Gabriel

Une petite photo des trains italiens... pour illustrer mes propos.

Et de la petite gare où je vais chaque fois que je vais travailler.


Le mal du pays

Salut mon vieil ami,

Je vais commencer directement. J'ai le mal du pays. Oui! Mon petit chez moi me manque. Ma langue me manque et tout ce qui fait un pays qui me ressemble me manque. Je sais que c'est étrange. Je ne suis ici que depuis quelques mois, mais j'ai envie de revenir. Ultimement, c'est bien quelque chose de naturel et de simple. Mon pays me manque, mais il y a quelque chose. Je t'écris une lettre à ce sujet parce que j'ai l'impression d'être le seul à vivre ce mal. Toutes les personnes que je croise en chemin, tous mes amis et ceux à qui je parle me disent qu'ils adorent leurs expériences, qu'ils veulent continuer.

Je pense ici particulièrement à cette femme qui tient encore une bonne partie de mes sentiments. Elle est en Australie en ce moment et déjà depuis plusieurs mois. Elle ma récemment écris en me disant qu'elle adorait son voyage et qu'il n'y avait aucune trace de mal du pays en elle. Je suis content pour elle, mais quand je pense à moi. Je ne trouve pas ce doux sentiment de paix. Oui, j'apprécie encore les moments que je passe ici, mais ce n'est pas ce puissant sentiment de nouveauté. Peut-être est-ce que j'ai vu tout ce que j'avais à voir en Allemagne. Non... il y a sûrement plus, mais maintenant je ne vois que de la répétition. J'ai découvert les différences entre mon chez-moi et ici. J'ai appris à aimer certaines choses et à en détester certaines autres... mais je ne veux pas de ce pays comme "chez moi ".

Peut-être est-ce la langue? C'est probable. Je me sentirais bien mieux dans un pays anglophone où je maîtrise le langage. Ici, malgré m'être fortement amélioré en allemand, je ne me sens pas maître de ce que je dis et peux dire. C'est peut-être l'une des raisons.

Peut-être aussi est-ce parce que certaines des choses qui vont de soi ici sont trop loin de mon mode de vie? Oui, si c'est le cas ce pourrait être à moi de changer mon opinion sur les choses, de changer mon mode de vie pour m'adapter. Je pense l'avoir fait et le faire toujours. Je mange leur étrange pain brun foncé et attends aux feux de signalisations. Je ne me sens pourtant pas d'ici et avoir le choix, je continuerais à vivre de la manière dont j'ai été habituer chez moi.

Peut-être que dans un autre contexte, dans un autre pays, je ne voudrais pas partir. Peut-être que l'Australie me charmerait à un point où j'en oublierais le Canada... peut-être aussi que je devrais finir mes études et enfin partir pour me sentir vraiment libre. Oui! C'est sûrement ça. Je sais que j'ai quelque chose d'inachevé à la maison. Je dois finir mon temps dans cette usine à culture pour avoir mon bout de papier. C'est sûrement ça qui m'empêche de vouloir continuer. Que je veuille ou pas, l'école me manque. Les études sont quelque chose que j'adore et j'attends déjà impatiemment de retourner écouter quelqu'un me parler d'un livre ou un temps...

Je me demande maintenant si c'est ça l'essence du mal du pays? Je me demande si les gens qui émigrent et immigrent ont ce sentiment. Je peux comprendre maintenant quel mal ont ceux qui quittent leurs pays natals sans le vouloir. Je pense aux exilés aux réfugiés. Quelle souffrance doivent-ils souffrir à être loin de ce qu'ils aiment et devoir s'adapter de force. Sur nos terres, bien des gens proposent des mesures de plus en plus sévères pour tenter d'assimiler les immigrants à nos moeurs. Je pense commencer à comprendre le sentiment qu'ils doivent ressentir. Pour eux qui sont dans un pays beaucoup plus différent que le Canada et l'Allemagne et qui ont quitté leurs maisons pas nécessairement parce qu'ils le voulaient... J'aurais du mal à changer mes habitudes aussi drastiquement. Même une génération après... je sens qu'il est vraiment difficile de s'éloigner de ce dans quoi on a baigné toute notre enfance.

Est-ce que le mal du pays se traite? Est-ce que c'est un mal ou un bien? Voilà d'autres questions que je me pose. Est-ce que c'est une bonne chose pour moi que d'avoir ce fort sentiment qui me pousse à revenir à la maison? Est-ce que c'est une sorte de force ou est-ce que je vais rater à cause de lui des choses ici ou ailleurs?

Je vais arrêter avec les questions. C'est trop pour une simple lettre et je vais me lancer dans des choses trop complexes pour un si bel après-midi. Mais toi, qu'en penses-tu? As-tu déjà eu le mal du pays? Pourquoi est-ce que tu l'avais? Qu'est-ce que tu as fait?

Je me sens un peu plus libre après avoir écrit cela. J'espère que tu en tireras quelque chose.

Ton ami

Gabriel

samedi 19 avril 2008

Un "trip" dans l'est

Salut mon ami,

Je vais t'écrire ici un peu de mon voyage. Tu sais bien que je ne suis pas un grand amateur d'accumulation de faits et d'événements, mais ici, je pense qu'un peu de narration simple peut t'intéresser sans trop m'ennuyer. Je vais te parler de l'est.

Quand je m'étends et je me demande ce que je retiens d'un mois presque complet de voyage... je pense à cette courte pointe jusqu'à la mer noire. Je ne sais pas ce qui m'a plu ou touchez-le plus. Ce fut vraiment un événement puissant et troublant.

L'idée de cette aventure est née dans une volonté double. J'étais avec une amie très chère à moi avec qui je partage un goût pour la gratuité et l'extravagance. Ensemble, après avoir visité Amsterdam et Zurich, avons décidé d'aller plus loin et de tirer le maximum des cartes de trains que nous avions achetés. Voilà qu'était née cette idée folle. Nous sommes parties pour une aventure de plus de 2000 kilomètres pour nous rendre de Brême à la mer noire.

C'était la première fois que je me rendais dans des pays profondément différends du mien. On peut dire biens des choses, mais les pays que j'avais visités par le passé avaient tous quelque chose de profondément occidental. Je prendrais ici une division politique du temps de la guerre froide pour faire la différence entre les pays de l'ouest et de l'est.

Dès que nous avons traversé la frontière entre l'Autriche et la Hongrie, les choses ont changé. Pas nécessairement physiquement, mais dans l'ambiance. Ce n'était pas plus pauvre, mais le "ton" étais différent. Je dois dire ici que j'ai beaucoup apprécié les quelques moments que j'ai passé dans la capitale de ce pays : Budapest. Ce n'était qu'une halte sur notre route, mais j'ai eu un très bon sentiment qui me fait promettre que j'y retournerais un jour pour plus longtemps. La ville avait un charme doux, une sorte de force mystérieuse. Je ne pourrais dire si c'était les connaissances que j'avais de ce pays où quelque chose de comparable au "Berliner Luft", mais je n'ai pu me retenir de dire à ma charmante camarade de voyage en quelques mots obscurs mon sentiment face à cette ville étrange. Je me sentais dans un autre monde, dans une autre culture. Je ne savais pas encore à quel point j'allais être dépaysé rendu en Roumanie. Budapest allait être très "Westernized" comparée à ce que j'allais y voir.
Je ne trouve pas de mot pour décrire ce que je pense de Bucarest. Je pense que je devrais y retourner pour bien définir mon sentiment, parce que la ville n'était pas dans son état normal. J'y suis arrivé au coeur de la conférence de l'OTAN. L'ensemble de la ville était morte. À chaque pas que nous voulions faire vers un monument, nous étions interceptés par un policier en manque de dialogue. Il y avait bien 2-3 policiers par personne dans les rues. Je souris encore quand je pense aux 4 policiers qui nous ont intercepté pendant que nous regardions l'horaire de l'opéra. Ils ont ont fait vider nos sacs et ont jeté un oeil trop attentif à nos passeports. Étant le plus vocaux, ils m'ont même posé des questions sur moi, ma famille et mon voyage. Je ne leur en veux pas. Ils devaient tellement s'ennuyer que je leur devais bien une ou deux réponses.

Reste que l'architecture à mi-chemin entre la gloire d'un pays ancien et la ruine m'a laissé une belle marque dans les souvenirs. Nous sommes restés un peu plus longtemps dans cette ville. J'ai fait dans cette ville ma première rencontre avec un racoleur. Ce qui était assez amusant. J'aurais aimé y rester un temps où la ville était plus vivante, plus mouvant... mais ce sera pour l'avenir. Alors, c'est de là que nous sommes parties pour la mer noire. Le trajet était long et le paysagent étrange, sal et pollué. Je voyais la pauvreté comme je ne l'avais pas encore vue... et nous sommes arrivés à Constanta, le plus grand port sur la mer noire du pays. Nous avons foncé voir l'objet de notre voyage et de nos long. Je n'ai pas été déçu. Surpris peut-être, mais loin d'être déçu! J'avais déjà vu tant de mystérieuse côte rocheuse ou de sable. J'avais vu peu avant la côte d'Azur et Brême est bien près de la mer du Nord. Je voulais autre chose. J'ai vu un port gigantesque plein de grues gargantuesques équipant des navires vieux et sal. Était-ce comme le port de Hambourg? Non! C'était tout sauf ça. Hambourg ressemble un peu à chez nous, à Montréal. C'est assez propre et moderne. Là, c'était autre chose. C'était du vent, du brouillard même sous un soleil chaud et tapant. Je me tenais là, sur le haut de la ville à contempler cette machine... J'ai été charmé. La mer était là, derrière les grues et le brouillard qui ne voulait se dissiper. Devant il y avait la mer, une mer touchant à la Turquie, à la Russie et allant encore plus loin. En me promenant dans les rues de la ville, j'ai été stupéfait de voir des panneaux affichant la direction pour Istanbul... ou, comme j'aime mieux l'appeler... Constantinople. Oui, c'était encore loin, mais c'était là.
C'était là l'objectif du voyage... le retour fut calme, doux et plein de belles conversations avec mon amie. Le trajet était long en kilomètre, mais pas en temps. Le temps passe toujours plus vite en bonne compagnie dit-on. Nous avons fait dans ce voyage plus de 4000 km en train et je pense que j'aime le train maintenant.

Ce qui reste au final dans ma tête encore plus que les villes visitée c'est le temps dans le train. Les contrôleurs regardant sans trop comprendre nos passes et parfois écrivant quelques chiffres pensant cacher leurs ignorances et des douaniers nous réveillant deux à trois fois dans la nuit pour vérifier nos papiers. Puis les rencontres... Puis le temps avec celle qui faisait cette folie avec moi. On dit que pour connaître quelqu'un, il faut voyager avec et je suis d'accord avec cela. Je ne dis pas connaître parfaitement cette Rose de l'Ouest, mais je la connais mieux et je garde pour elle de profonds sentiments. J'ai voyagé avec peu de gens avec qui je reprendrais la route. Je suis quelqu'un de difficile, mais avec elle. Je le referais, comme je reprendrais la route avec David et quelques autres.

Je parle ici d'une aventure transformante pour moi. Je sais qu'on pourra me dire que je ne suis pas allé en Inde, en Chine ou même en Amérique du Sud. Là je serais plus dépaysé. Je le sais et je le crois aussi, mais ce que j'ai vu dans ce clin d'oeil en Europe de l'est était quand même pour moi un fait troublant. Ces pays ne sont pas des pays nouvellement colonisés, ou totalement étrangers en culture. Ils ont été part de toutes mes lectures d'histoire. Ils font partie de l'Europe. J'aurais pu passer voir les châteaux de Transylvanie si j'avais voulu. J'étais près. J'ai traversé ce qui était jadis l'Empire Austrohongrois. Ce n'est pas une petite partie de l'histoire européenne et occidentale... mais je me suis trouvé face à quelque chose de profondément différent de ce que je connaissais. J'ai vu des pays différents et donc l'économie souffre plus que celles des grands pays d'occident. Peut-être est-ce l'avenir de nos économies occidentales face à la montée d'autres puissances. Ils étaient les puissances de jadis... et maintenant?

C'était une folie d'aller là-bas et je suis très content de l'avoir fait. Je n'ai pas pris beaucoup de temps à chaque endroit, mais je pense que ce n'est que partie remise. Je sais ce à quoi je vais avoir à faire si j'y retourne... et si le monde arrête de tourner dans ces cités... si les choses restent stable... Je sais que ce ne sera pas pareil, mais ce sera une autre aventure. Celle-ci n'était pas pour voir des villes. C'était pour du train et la mer noire... et une amie.

Je pense à toi

Gabriel

Voici un petit "dessin" du trajet.

Agrandir le plan

Un peu d'écriture

Salut mon ami,

Les derniers jours ont passé pour moi dans l'écriture. Je me suis entouré mon amante la plus fidèle, la littérature, et je me suis lancé dans la création. C'était plaisant. J'aime écrire. Je pense que c'est quelque chose que je découvre encore dans ce voyage. J'aime plus écrire que je le croyais. Je lis, j'écris, je lis... Voilà un temps que je sens bon et plaisant.

Malgré le fait que j'ai beaucoup de temps pour moi, je reste dans mes habitudes de travail fragmenté. Je ne sais pas pourquoi. Les mots et les idées sont sporadiques et je dois changer souvent d'activité. Je lis un ou deux chapitres d'un livre puis je retourne devant l'écran écrire une poignée de lignes et je retourne lire, mais cette fois un autre livre. Je lis... Je prends une autre feuille et je commence un autre truc. Rien ne reste dans la longévité. Vient alors la fin de la journée où je vois toutes les idées et les choses que j'ai faites et où je commence à les mettre en place. C'est le moment architectonique. C'est un moment que j'aime particulièrement parce que c'est à la fois un travail de mémoire et de création. Je reprends mes sources, mes citations... je cherche les contextes que j'ai oubliés. Je place mes pensées et je trouve même parfois des nouveaux sens.

Voilà deux petites photos de moi, dans mon environnement quotidien.

Voilà une trace de mon quoditien quand je ne suis pas à l'extérieur à découvrir la ville où parti en voyage. Oui, je parle de Brême, car bientôt je vais t'écrire une belle lettre sur cette ville. Le printemps laisse tranquillement ses traces et il sera bientôt temps pour toi de découvrir ce qui m'a charmé dans cet endroit.

En attendant, je te laisse à ton reste d'hiver et je retourne à mes mots, mes livres et mes idées. Nous en reparlerons sûrement.

Je te souhaite du bon temps

À bientôt

Gabriel

jeudi 17 avril 2008

L'Opéra

Bonsoir mon ami,

J'ai encore envie de t'écrire. J'ai cette fois envie de t'écrire à propos d'un intérêt, d'un amour qui se développe. Je parle ici de l'opéra. Je suis allé quelques fois à l'opéra à Montréal, mais je n'avais pas encore l'oreille prête. Je n'ai jamais été poussé dans le domaine et je n'ai été que récemment présent dans le milieu. Ce n'est que quelques mois avant mon départ que j'ai fait connaissance avec les belles chanteuses classiques que tu connais et qui m'ont fait briller le talent de cet art qui m'était encore mystérieux. J'aurais aimé qu'elles me parlent plus de leurs passions et m'instruisent sur la chose... mais j'ai encore du temps à mon retour.

C'est dans ce voyage et dans le précédent où je me suis vraiment initié à cet art. Ces amies chanteuses m'avaient dit que l'Europe offrait des spectacles moins chers et de plus grandes envergures. Je ne sais pas s'ils ont raison, car je ne connais pas beaucoup l'opéra à Montréal, mais j'ai vraiment été charmé par ce que j'ai vu ici. J'ai eu la chance de voir un opéra à Dresde, à Berlin et même à Vienne. Quelques belles photos prises dans les opéras que j'ai visités.

Ici une magnifique photo de David et moi au Deutsche Staatsoper à Berlin. Nous allions regarder Le Mariage de Figaro.

Ici, c'est une tentative de belle photo à l'Opéra de Vienne.

J'ai eu la chance d'être dans une loge lors de cette représentation pour seulement 12 euros. Sur cette photo, on me voit très concentré à regarder le magnifique rideau...

J'adore l'architecture des salles d'opéra. Il y a toujours une sorte de noblesse qui sait me plaire. Je n'ai pas toujours été vêtu de manière équivalente, mais bon... Ce n'est pas l'important même si c'est une partie de l'expérience.

Gabriel

Rien et ensuite quelque chose

Salut mon ami,

Je t'écris sans avoir d'idée de base. Je n'ai de message que ce manque de message. Étrange n'est-ce pas? Est-ce qu'une lettre a un sens sans avoir de message? Peut-être est-ce que tu vas voir un message là où je n'en vois pas. Alors est-ce que ce message existerait vraiment ou est-ce que ce serait seulement une fiction de ton esprit?

On peut voir dans ce petit mot, cette petite question, naître un grand nombre de réflexion qui, généralement, m'oppose à bien des gens dans un débat généralement très intéressant. Je pense que nous l'avons eu souvent et je pense aussi en avoir traité un peu dans mes lettres précédentes. Je vais encore, tu peux le sentir, m'attaquer à ceux que je nomme, à tors ou à raison, les idéalistes de la littérature. Ici, je vais viser ceux qui voient dans une oeuvre un sens inhérent, fixé et provenant de la volonté consciente ou inconsciente de l'auteur.

Non! Je ne veux pas me lancer dans ce débat qui est trop vaste et complexe pour que je l'encadre ici dans mes mots, mais je veux seulement te laisser un portrait de ma manière d'entrevoir la chose. Enfin... J'aime penser qu'une oeuvre quelle qu'elle soit n'est qu'une chose, là, sans raison. C'est aussi pourquoi j'aime parfois aller dans des endroits que je ne connais, pas même par lecture ou photographie. Dans cette posture, on voit d'autre chose que ce qu'on pourrait y voir après avoir lu un livre sur le sujet. Je pense au voyage par exemple. Arriver dans un endroit inconnu est une expérience totalement différente que celle que l'on peut vivre en voyageant plein d'une culture sur les lieux et son histoire. Je ne dis pas que l'auteur, ici, n'a pas d'objectif, qu'il n'a pas de message, qu'il ne tente pas de mettre un sens dans son oeuvre. Je dis seulement que du point de vue de l'auteur, il n'y a pas de préséance d'une interprétation sur l'autre. L'homme qui a inventé le marteau avait un objectif bien précis quand il a créé le marteau. Il voulait qu'on s'en serve d'une manière bien précise. Comme la personne qui a inventé le tournevis, mais on peut prendre chacun de ses objets et en faire des utilisations bien différentes que ceux que les auteurs avaient en tête.

Ce débat peut sembler vain et inutile. On peut s'imaginer que je coupe un cheveu en quatre par cette distinction, mais je ne pense pas. Au delà d'un désir d'extension des perspectives que peuvent donner une oeuvre, on peut voir quelque chose de cruel dans la volonté de chercher le message Vrai dans une oeuvre. Encore, c'est le monde de l'idéalisme comme le réalisme et mon combat personnel contre les mots à lettres majuscules. À croire que le message de l'auteur est le plus important... que faire quand on ne peut plus communiquer avec l'auteur pour savoir ce qu'était vraiment son message? Quelle interprétation est bonne? On peut facilement tomber dans la facilité. Si nous avons une quelconque forme d'autorité ou d'influence sur un groupe. On peut facilement leurs faire croire que X a voulu dire Y dans son oeuvre, mais il est encore plus facile d'utiliser le grand nom de quelqu'un qui est mort, mais a laissé une oeuvre, pour lui faire dire quelque chose qu'il n'aurait jamais dit et en tiré du pouvoir. Je ne veux pas avoir l'air de m'acharner sur la religion, mais une grande partie du débat sur la religion tourne autour de cette question. Si la Bible a vraiment été révélée par un vieux barbu, alors tout est correct, mais à l'instant où on en doute, alors l'établissement institutionnel de l'église prend un grand coup. C'est dans l'impossibilité de prouver le vrai désir de l'auteur que l'on tire le ciment qui organise les cathédrales. Bon... il y a d'autres raisons et c'est pour ça que j'ai dit que ce n'était qu'un coup et non la fin de la religion... enfin. Je prends un autre exemple. Un exemple plus près de moi : l'utilisions par les nazis de Nietzsche ou même l'implication de Heidegger dans ce parti.

Bien des gens, encore aujourd'hui, s'attaquent à la pertinence de l'oeuvre de ses deux auteurs majeurs dans la pensée occidentale en brandissant cet argument simple, facile et totalement infondé : ils étaient liés aux nazis et donc leurs écrits sont nazi. N'est-ce pas facile de faire dire à leurs écrits une chose pareil. Des intellectuels tentent de trouver dans les textes des traces d'antisémitisme ou autre pour les discréditer, mais déjà là. Ce n'est pas une accusation baser sur l'intention de l'auteur, mais sur l'oeuvre en tan que tel. Je m'attaque personnellement à ceux qui discréditent Nietzsche et Heidegger en affirmant connaître leurs pensées et, cela fait, pense pouvoir juger l'oeuvre en entier sans la connaître.

Je ne dis pas que toutes les oeuvres se valent ni rien de cela, mais qu'il faut aller plus loin qu'une interprétation unique. C'est en ayant une vision plus relative de l'interprétation que l'on peut s'éloigner de ce genre d'absurde. Là où un voit antisémitisme, l'autre peut y voir amour pour l'humanité. Qui sait l'interprétation que l'on fera d'une oeuvre jugée aujourd'hui mauvaise. Sans que cela nous place dans une situation de relativisme absolu ou tout se vaille, il faut fuir cette quête de vérité là on on ne peut en trouver.

C'est un peu la pensée que j'avais dans ma dernière lettre sur le dialogue et les sentiments. Il y a quelque part un point entre les deux extrêmes. Je le placerais du côté du relativisme, mais sans le placer totalement au bout. Autant où je pense qu'il y a un point entre passion et rationalité, mais dans ce débat, je ne sais pas trop où me placer.

Je laisse cette lettre sur une citation qui me trouble encore et qui concerne fortement l'interprétation littéraire. Je la prend de Heinrich Heine. On la retrouve citée au Monument à la mémoire des livres brûlé à l'autodafé de l'université Humboldt à Berlin. À chaque fois où je passe à Berlin je me dois d'aller voir ces murs de bibliothèque blanche, mais vide... immensément vide...

Heine écrit donc... "Où ils brûlent des livres, ils brûleront aussi des gens."

Gabriel

Les formes de dialogues

Salut mon ami,

Je me demandais s'il faisait beau dans notre belle ville. Je me demandais cela parce que je voulais savoir si tu étais dans la même situation de bonheur météorologique que moi. Le temps est magnifique ici! Je ne pourrais demander mieux. Autant l'hiver a été pluvieux et nuageux, autant les derniers jours n'ont été qu'un soleil permanent vivant dans un ciel d'un bleu inoubliable. Je ne sais pas comment sera le dernier mois de mon aventure européenne, mais je pense pouvoir voir quelque chose de beau dans le ciel de ce printemps nord-allemand.

Je ne t'ai pas beaucoup écrit depuis mon arrivée de voyage. J'ai été assez silencieux. D'une certaine manière, c'est peut-être parce que je commence à avoir un sentiment de quotidienneté. Les jours passent et se succèdent en restant pareils. Le pays reste le même, ma manière de vivre se stabilise. C'est ce contexte qui, je pense, me donne un moins grand besoin d'écrire. C'est à la maison que l'on a le moi ce goût. Ce n'est pas que je n'ai rien à dire. Ce n'est pas que je n'ai pas le temps. C'est que je commence à me fondre dans le temps et le lieu.

C'est peut-être cela qui me donne cet ardent désir de revenir à la maison. J'aime trop le voyage pour me sentir m'installer à quelque part. Surtout à quelque part qui était originellement partie du voyage. Tu m'as un jour demandé si j'allais m'installer en Europe. À ce moment, je voyais la chose positivement. Je sentais que c'était une possibilité envisageable. Au début de ce voyage, j'avais même fait quelques démarches pour voir si je ne pouvais pas rester plus longtemps. Les choses ont changé et vont peut-être changer encore, mais j'ai envie de revenir chez moi. Je pense que le seul endroit qui, pour le moment, peut être vraiment chez moi, est là où je suis né, où j'ai grandi et où je fais mes études. Je ne veux pas dire jamais. Peut-être est-ce que je vais, dans un avenir plus ou moins loin, m'installer quelque part sur le vieux continent, mais ce n'est pas dans mes plans et y penser me trouble et me dérange. Penser à m'installer maintenant en Europe me demanderait une certaine forme de restreinte mentale que je ne veux pas. Je ne m'imposerais une contrainte pareille que pour quelques raisons de force majeure. Tu connais mon amour de la liberté.

En écrivant ces lignes, je ne peux pas te cacher que j'ai encore au fond de la gorge cette femme que j'ai intensément aimé et qui m'a longtemps fait imaginer un séjour prolongé en Europe. Je n'ai pas à te donner de nom, mais je dois te dire que même en ce moment elle occupe mes pensées. Elle me perturbe, me dérange et m'affecte. Ce sentiment va au-delà de toute la rationalité que je peux placer dans le domaine.

Les émotions ont ce pouvoir fantastique de se jouer de la raison et j'aime sentir ce conflit dans mes pensées. C'est sur cette frontière que se trouve, selon moi, la réflexion hédoniste. Contrairement à la critique qu'on peut en faire, l'hédonisme que je pense reste sur cette frontière et réfléchit rationnellement à la plus sage manière de se laisser porter par ses envies, ses désirs, ses pulsions et ses sentiments. Ce n'est pas la débauche cyrénaïque autant que ce n'est pas l'égalisation des plaisirs épicuriens.

Il y a dans le sentiment amoureux non réalisé et presque impossible la naissance de cette réflexion. La raison propose un oubli pour que le nouveau vienne prendre la place maintenant vide tandis que le désir veut trouver un moyen de retrouver son objet. Qu'est-ce qu'il faut faire? Je n'ai pas la réponse et n'en cherche pas pour l'instant. Je reste seulement admiratif de ses positions limites où les choix ne sont pas décisifs seulement dans un sens, mais dans les deux sens. J'aime aussi qu'il n'y ait pas de dogme nécessaire dans aucune des positions. On peut vouloir oublier sans nécessairement être un fervent défenseur des actes totalement rationnel autant que l'on peut vouloir aller à la recherche de l'objet de son désir sans être un romantique irrécupérable. Ce sont ce genre de chose que j'aime trouver dans les débats d'idées.

Je fais une petite pointe sur la religion qui ne durera que quelques lignes... je l'espère. Durant mon voyage et durant ma vie aussi, j'ai rencontré nombre de gens obtus, fermés au débat religieux ou totalement fermés aux idées différentes des leurs. Eux, sont sont qui me dérangent, qui me troublent et qui ne propose pas de débat, mais il y en a d'autres. Je pense à certains de nos amis communs autant que des gens rencontrés dans les trains et auberges de mon voyage. Je pense à des gens qui, malgré une foi qui ne demandait pas d'argument, avaient quelque chose à dire sur celle-ci. Ils ne fermaient pas la porte à un dialogue. Ils offraient le temps d'une discussion un espace comme celui de ma question sur l'amour. Un espace sans absolu, sans fin fixé d'avance. C'est ce genre de personne qui me donne espoir en une société laïque et pluriel respectant les religions. Même si à chaque jour mon athéisme se renforce, je ne pense pas réalisable de si tôt un monde sans religion, ainsi je cherche à comprendre les gens de foi et à les encourager à s'ouvrir plus qu'à les pousser hors de leur croyance. C'est une société viable que j'espère. N'est-ce pas cela l'hédonisme?

Nous en reparlerons

Ton ami

Gabriel

lundi 14 avril 2008

Rien faire!

Cher ami,

Tu seras content de l'entendre. Le calme est de retour dans mes journées. Aujourd'hui, fut la première journée où je pouvais, sans trop de problèmes, décider de rien faire. J'ai donc décidé de profiter de cette "liberté" au maximum. Je n'ai vraiment rien fait. Je devrais chercher s'il me venait l'idée de chercher ce que j'ai pu faire aujourd'hui sauf survivre... J'étais dans le mode le plus simple de la vie. Je dois dire que c'était reposant. Je n'écris pas plus. J'aurais peur d'avoir vraiment fait quelque chose aujourd'hui.

Gabriel

jeudi 10 avril 2008

Le voyage, entre l'Écosse et l'Allemagne

Salut l'ami,

J'aime lire les mots que je reçois d'un camarade de voyage. Il est en Écosse. Te souviens-tu? Je t'en ai parlé et il est même venu me voir ici, à Brême. Oui, j'aime le lire parce qu'il parle de fées et de légendes, de montagnes et de pays lointains et reclus. Je l'envie parfois d'avoir pris la route du nord. Ici, je ne sais pas. Peut-être n'aurais-je pas survécu à plusieurs mois dans un monde trop différent du mien. Sûrement... mais ici, à Brême, malgré une histoire de plus d'un millénaire, je ne sens pas le poids de l'histoire. Certes, quelques petites légendes et contes ici et là bordent mes pas, mais ce n'est pas du même ton. Je ne suis pas resté longtemps en Écosse lors de ma visite, mais j'ai été stupéfait de "sentir" l'histoire. Elle était là et les gens de l'endroit me donnaient l'impression qu'ils continuaient à la vivre. Comment? Par la connaissance de leur histoire, de leur culture et de l'héritage du temps et des générations. Ici, en Allemagne, j'ai cette étrange impression que l'histoire ancienne du territoire est obscurcie par les événements récents et que les gens sont pour cette raison, peu motivé à redécouvrir la beauté du paysage historique de leur lieu d'existence.

J'aime aussi lire ce camarade avec qui je vais retourner bientôt en Hongrie parce qu'il connaît ce qu'il visite. Onfray, dans sa Théorie du voyage invitait à voyager en portant la connaissance de l'endroit visité. Cela augmentant culturellement l'appréciation de la région. Encore sur ce point je m'accorde avec lui et mon camarade semble avoir parfaitement prouvé ce point. Il connaît les légendes, les mythes et peut ainsi plus facilement atteindre un versant du paysage repérable seulement par la culture. J'admire cela et me demande si j'ai moi aussi bien préparé mon voyage au niveau culturel ou si j'ai malheureusement raté tout un côté de cette aventure germanique.

Je pense que j'ai fait le maximum avec ce que je pouvais. Je connaissais avant mon départ bien l'histoire de l'Allemagne et même de Brême. J'étais au courant des changements historiques et de l'évolution de la pensée... etc... mais... mais je pense que l'Allemagne a quelque chose de différent. Comme j'ai écrit quelques lignes plus haut, je pense que certains événements récents ont altéré profondément bien des choses dans la psyché allemande. Je ne veux pas faire le psychanalyste d'un peuple, mais seulement pointer ce qui intéresse mon propos : l'histoire. Je pense que les événements historiques du dernier siècle ont altéré l'ensemble de la perspective du peuple face à son histoire. Je sais. Tu souris parce que ces dernières lignes ont un ton de travail universitaire. Je le remarque aussi et je peux sentir là mon envie de retourner sur les bancs d'école... mais enfin.

Je prends une anecdote qui a lieu à Vienne. J'étais avec mon amie viennoise et étudiante à l'Université de Vienne en son état. Elle me fait visiter les anciens bâtiments et, soudainement, dans un joli jardin entouré de sculpture de prestigieux professeur de l'école, je vois une autre forme tailler dans la pierre, mais entourer de tout les côtés de verre à son tour imprimé de texte. Curieux, je m'informe à mon amie qui est aussi guide pour l'occasion. Elle me dit quelque chose qui occupera nos discussions le reste de la soirée. Pour faire court, cette statue est une statue de Siegfried, le personnage des anciens mythes germaniques. Pour moi, c'est très bien. J'aime les mythes germaniques, mais elle ajoute l'élément qui causera le différend. Les nazis aimaient aussi les anciens mythes germaniques. Ce sont aussi eux qui ont sculpté cette statue. Il fallait donc encadrer la statue à un point où le texte tracé sur le verre prend plus de place que la vue sur la sculpture. Le texte, bien sûr, expliquant ce que mon amie m'a raconté.

Le problème que je vois là et qui a occupé nos discours de la soirée, c'est la démonisation de tout ce qui est nazi. Je précise pour ne pas me faire mal comprendre. Je suis d'accord avec tout ce que l'on de critique dit contre le terrible régime de ce groupe et combat ses idées, mais il reste que ce n'est pas tout noir ni tout blanc. Les nazis se sont certes approprié une mythologie pour appuyer à tors leurs idées... mais est ce que cette chose qu'ils ont pris est fondamentalement mauvais parce qu'un groupe qui ont fait nombre d'atrocité s'en est réclamé? Je demande aux adorateurs de la bible de bien penser à leurs réponses. Je pense personnellement qu'il faut faire la part des choses.

Enfin... mon propos n'est pas d'ouvrir le débat. Je tire de cette anecdote la volonté des Allemands (et des autres groupes germaniques) à vouloir fuir tout ce qui a été lié de près ou de loin à leurs passés récents. Ce qui, je pense, inclut une large part de l'histoire plus ancienne. C'est cette volonté de rupture avec un passé récent qui emporterait en même temps toute une mémoire de l'histoire. En voulant oublier une part de l'histoire précise, tout un pan viendrait avec.

Ce n'est qu'une impression et, comme je l'ai écrit, je ne suis ni historien, ni psychanalyste. Je ne donne que mon impression. L'histoire ici semble avoir été un peu plus évacuée. Elle ne réside que par morceau dans les murs des cathédrales ou dans la pierre des monuments, mais il n'y a que peu de vie. Les seuls petits courants de l'histoire sont dilués par le tourisme non culturel. Que vaut une petite affiche donnant un nom d'architecte, un courant artistique et quelques dates quand un monument c'est des gens qui y ont vécu?

L'expérience de mon ami en Écosse me fait réfléchir sur la question. Il n'a vu qu'un pays, mais il connaissait cet endroit et par son absorbions de culture a vue des choses que peu ont vu et vécu ce que peu vivent. J'ai tenté cela en Allemagne et j'y ai réussi à plusieurs reprises, mais le courant de l'histoire a changé de direction et est transformé par une usine d'épuration. En espérant que l'histoire qui continue redonnera du goût à cette eau.

Je me demande maintenant comment est-ce que l'on doit voyager... ou plutôt, sur un ton un peu moins prescriptif et beaucoup plus personnel : "Comment est-ce que je veux voyager?"

Je suis venu en Europe 3 fois en un peu plus d'un an. J'ai voyagé sur plusieurs modes. Je reviens d'une aventure dans l'Europe sous le mode rapide, désorganisé et impulsif comme j'ai déjà visité lentement et de manière réfléchie et culturelle. J'ai fait des tours guidés, dont un mémorable, de 3 jours en Écosse. J'ai visité seul et en couple, entre amis... enfin. Il faudrait que je tire quelque chose de cette série d'aventure. Ce qui me laisse penser que je devrais et veux bientôt, peut-être à mon retour (et commencer un peu avant), laisser sur papier les grandes lignes de ce que je tire de ce voyage à très court terme. Je me repincerai sur la question quand la poussière sera retombée... Enfin! J'écris et j'écris mon ami, mais le temps file. Je méditerai sur ces questions et dans un avenir plus proche sur cette histoire de voyage, mais je vais laisser ce bout de papier se rendre à toi et je vais aller de mon côté dormir. Il se fait tard ici et je dois travailler. Je te parlerai bientôt de mon travail et de ce que j'en tire aussi. C'est effectivement une grande part de cette 3e aventure européenne.

À bientôt

Gabriel

lundi 7 avril 2008

Les femmes et l'Europe

Ami,

Tu me connais trop bien! Tu me demandes pourquoi je n'ai pas glisser mots des femmes qui me manquent aussi terriblement que mes amis masculins. C'est, comme tu le sais aussi, parce que j'ai pour elles un sentiment d'une nature évanescente que je ne réussis que rarement à saisir.
Peut-être devrais-je dire que les femmes que je côtoie sont trop vertueuses? Je ne sais pas. Mais elles ont un je-ne-sais-quoi qui à chaque regard et pensée me fait voir autre chose, me fait penser autre chose et au final, me laisse rêveur.
Certains disent qu'il est difficile, voire impossible, d'avoir une amitié profonde et complète entre un homme et une femme. Je ne porte pas de jugement définitif sur la question. L'expérience seule que j'ai est ce sentiment étrange et contradictoire.
Lors de ce voyage, j'ai aussi pensé à elles. Les villes et paysages de mon aventure me les ont fait voir et entendre. Peut-être même ais-je rêver à certaines. J'avais mille mots tournés vers elles. Trop peu pour définir le sentiment que j'avais, mais assez pour occuper mes pensées longuement. Il reste que ce vocabulaire n'était pas familier à celui que j'avais pour mes amis et confrères de genre. Quand l'impressionnante force des montagnes et l'élégance des architectures suisse me touchaient l'esprit et me rappelaient Alexandre. Les sinueux canaux laissant langoureusement résonner le bruit des vagues sur les façades de Venise me faisaient rêver aux charmes indescriptibles de Christine ou d'Émilie. Que devrais-je dire d'autre? Que la beauté mélancolique et luxueuse des plages de la cote d'Azur me faisait penser aux soirs doux que je passais à discuter et à danser avec elles? Ce serait vrai, mais étrangement limité par l'étrange sentiment que je partage avec elles.
Ais-je besoin de te rappeler que j'étais dans la seconde partie de cette improbable aventure accompagnée par une femme avec qui je partage une relation dès plus longues et enchevêtrer? Je ne pense pas. Celle que je nomme depuis toujours ma Rose de l'Ouest m'a fait le plaisir de sa présence tout le long du trajet vers l'est. Durant les longues heures de train et les nuitées songeuses. Je n'ai pu éviter les discussions passionnées sur nos sentiments intimes. Quand deux amis de si longue date se rencontrent dans une aventure aussi surprenante, les noms de ceux et celles qui sont l'objet de notre amour ne peuvent pas rester secrets.
Ainsi, par une douce présence féminine et l'acte puissant et créateur de la parole, j'ai renoué et tenté de dénoueur ce sentiment que j'ai pour ces amiEs de chez moi. Toi qui me connais bien. Qu'en penses-tu?
De tes nouvelles me manquent
J'ai hâte de te voir
À bientôt
Gabriel

dimanche 6 avril 2008

Un retour plaisant

Mon très cher ami,

Me voilà posé. Je suis chez moi après un mois de voyage presque constant. J'ai traversé plusieurs milliers de kilomètres. J'aurai vu des villes et des gens. J'ai vu la mer noire à l'est et les plages de la cote d'Azur à l'ouest. Je me suis perdu dans les ruelles de Venise et j'ai profité d'un grandiose opéra à Vienne. Je me suis rendu en Moravie où j'ai vu des reliques sacrées et séduis une femme. J'ai traversé la bohème par Prague en pensant au pays de Rudolf II avant méditer sur les quais de la Sérénissime. Cette histoire serait trop longue à raconter sur cette lettre. Je la veux courte et directe, car mon sentiment est clair et foudroyant. J'ai hâte de te revoir. À voir nombre de pays et de gens, de moeurs et de coutume, j'ai longtemps pensé à la maison, à la vie que tous vivaient sauf moi, qui ne faisait que passé. J'ai encore envie de prendre la route, mais mon corps me demande du temps. J'ai trop vécu ici pour me replonger dans une autre aventure. Il me faut jouer le démiurge et fondre quelque chose avec les matériaux de ce voyage.
Dans cette courte lettre que maintenant je t'écris. Je veux te dire que je suis encore en vie et que je comprends peut-être mieux en quoi après ce voyage. On dit que le voyage forme la jeunesse et à chaque fois que je sors de chez moi avec mon sac de voyage et la volonté d'aller au loin je comprends mieux ce que cela veut dire. Il reste encore deux mois à mon séjour européen. Un peu moins... et je pense que lentement, les changements que je voulais voir se faire ne moi ont lieu. Je serai en meilleure position pour en juger avec toi autour d'une bonne bière, mais j'en remarque malgré tout quelques traces.
Je voudrais aussi par cette lettre exprimer la joie que tu m'as donnée par l'envoi de tes dernières lettres. Je suis passé le pas de la porte et j'ai vu que tu ne m'avais pas oublié. Tu me demandais de t'écrire plus. Tu me demandais de te donner des nouvelles. C'est touchant et je t'en remercie. Je vais plus écrire durant ce mois d'avril. J'ai plus de temps et je serai chez moi.
Maintenant je laisse cette lettre se terminer pour me laisser aller me resaisir de mon logement.
Prends bien soin de toi
À bientôt
Gabriel

L'Europe, l'amitié et mes amis

Mon cher ami,

Une journée vient de passer et je me sens une fois de plus reposé et prêt à affronter la vie. J'ai eu du temps pour faire tout ce qu'une vie quotidienne demande et maintenant je peux me donner à ce que j'aime : écrire. Oui! Je commence à écrire en laissant un bout de papier s'en aller vers toi. Que te dire? Je vais écrire un peu à propos de l'aventure que j'ai vécu récemment.
C'est avec une passe de train et la volonté de voir le maximum de chose que je suis sorti de chez moi. Avec un guide de voyage assez vague, mais parlant de ce que j'allais voir. Je me suis mis en route seul. C'est la première chose qui m'a laissé dans le doute. Je voulais expérimenter ce genre de voyage en solitaire, plein de rencontres et de changement de plans... mais j'étais anxieux d'avoir à vivre chaque nuit seul, de voir chaque beauté pour moi-même et de vivre chaque malheur qu'avec mon ombre. J'avais des amis sur la route. Des locaux qui allaient me faire visiter leurs villes et cette idée a chasser le temps d'un arrêt le sentiment de solitude.
Je me suis arrêté à Dresde pour une sorte de séminaire avec d'autres assistants de langue française. C'était intéressant et enrichissant. Un peu tard je dois dire, car il ne reste maintenant que deux mois avant le départ de la majorité des intéressés, mais ce n'était pas vain. Là, j'étais avec Erwann, un ami assistant dans ma région. Un breton et fier de l'être. C'est avec lui que j'ai décidé de continuer ma route et de me rendre à Prague où un autre ami devait m'héberger. J'ai alors pris quelques jours pour visiter la ville et je suis reparti vers Vienne seul. Erwann devait revenir en Basse-Saxe et mon ami resté chez lui. J'arrête le récit ici pour l'approfondir un peu. Dresde est une ville intéressante qui m'a beaucoup plu. Je ne vais pas en faire l'historique ou en dire des choses qu'une seconde et un clic sur internet révéleraient. Je vais seulement dire que j'ai apprécié me perdre dans les rues de la ville avec le Breton. Nous avons parlé et échangé. Je développe pour lui un grand respect et je suis content qu'il soit venu se perdre avec moi dans les rues de Prague quelques jours après notre séminaire.
Le temps que je passais avec lui me rappelait nombre d'amis qui me manquent énormément à Montréal. Je t'ai déjà parlé d'Alexandre, mais j'aimerais ajouter à cette liste le pragmatique Simon, le gothique Pierre, le sportif littéraire de Turpin et celui qui aime se faire appeler par ce nom mythologique grec Coeus. Ils sont tous loin de moi quand j'aimerais les voir, les entendre et les savoir près de moi. Chaque cité que j'ai visitée dans ce périple m'a fait penser à l'un d'eux.

Quand j'étais dans les Alpes suisses à Zurich ou à Lucerne. Je ne pouvais faire autre chose que de penser à Alexandre. Les horloges précises surplombant une ville d'ont le charme luxueux ne pouvait que détendre et inviter à l'aisance. La force des montagnes qui veillent toujours à l'horizon de cette ville me rappelait la longue amitié que je partage avec cet homme. Les rues et chemins ne pouvaient alors que réveiller les souvenirs d'un ami élégant, distingué, intelligent et plein de civilité.

Mon séjour dans les terres de l'est m'a immédiatement fait penser à Pierre. L'ambiance mystérieuse, mais chaude des rues de Budapest me faisait penser à son tempérament imprévisible et grandiose. Le chaos de Bucarest et la langue de ce pays me traçaient les pourtours de la personnalité de cet ami déjà trop loin.

C'est en marchant sur les boulevards et dans les ruelles de Vienne que je pensais à Simon. Le charme patient de cette ville changeante me faisait penser aux traits de ce vieil ami. On pouvait sentir la patience dans l'architecture. Cette ville n'est pas née d'hier et tout à chaque moment semble le chuchoter à l'oreille du passant. On détectait à la fois le pragmatisme d'une structure solide durable et une apparence charmante et pleine de générosité.

Il y a eu ensuite Strasbourg. C'est sur les ponts de cette ville qui a trop souvent changé de propriétaire que je pensais à cet ami que l'on appelle Turpin. Son tempérament changeant, mais sa diplomatie et son tact légendaire me faisaient penser à lui. Une ville qui change si souvent et qui a malgré cela su garder sa beauté, son charme et son pouvoir attirant ne pouvait avoir d'autre relation qu'avec cet ami.
Il n'y a que Coeus que je n'ai pas fixé dans un lieu. La pensée de cet ami ne s’est pas reflétée dans un caractère d'une ville fantastique, mais dans des petits éléments qui ont parsemé le voyage. D'un côté, ce pouvait être un fort, une ruine, une gare ou un passant. À chaque fois, c'était dans le quelque chose d'étrange et de surprenant que cet élément pouvait contenir. Contrairement à la puissance d'un paysage alpin qui me fait penser à Alexandre, à l'étrangeté des horizons des pays l'est qui me fait penser à Pierre, à l'impressionnante constance d'une ville comme Vienne qui me faisait penser à Simon et à l'étonnante originalité et créativité de Strasbourg, je ne pouvais trouvé dans mes déplacements une présence si dense de Coeus dans un même endroit. Il était seulement partout et nulle part.
Tu me connais lecteur et ami. J'aime mes amis et les voir dans des paysages comme ceux que j'ai vus n'a fait que d'aviver mon sentiment pour eux. Dans chaque ville où je passais. Devant chaque paysage où je m'arrêtais pour réfléchir il y avait l'un d'eux avec moi. Comme j'ai hâte de les revoir et de prendre avec eux le temps qu'ils méritent.
Tu les salueras de ma part
J'ai très hâte de te voir
Gabriel