Mon ami,
Je suis de retour d'un voyage dans un voyage. Je suis arrivé hier à la gare de Brême d'un long voyage qui m'a porté de Dresde à Strasbourg en passant par Venise, Vienne, Bratislava, Nice et Olomouc. Je suis épuisé, mais heureux d'avoir vécu une chose pareil. C'était fantastique et inoubliable. J'aurais tant voulu te voir avec moi et vivre cette expérience en ta compagnie. Je dois dire que je ne sais pas si tu aurais apprécié mon mode de voyage, mais nous aurions eu beaucoup de plaisir j'en suis certain.
Je ne te raconterai pas le tout en détail et je ne détaillerai pas toutes mes aventures, mais je veux te décrire les quelques grands traits de mes jours d'aventure un peu partout en Europe. Je ne sais pas par où commencer. Je ne sais pas par où commencer. Peut-être que je pourrais faire les premiers pas en te disant que je n'ai pas pris le chemin prévu. Je ne suis pas allé à Rome ni à Florence. Bologne et Vérone n'ont été que des haltes dans ma route entre Venise et Nice. Pourquoi? C'est l'histoire de mon voyage. Je cite ici mon carnet de notes.
Je suis présentement dans un train pour Vérone. Sans avoir eu le temps de voir Bologne où j'étais, il y a peu et je n'ai pas eu le temps de sentir l'Italie. Je serai cette nuit en route pour Nice.Je me suis laissé aller à mes désirs et inspiré par mon manque de ressource. L'ensemble du voyage était à la base risquée et mon orgueil naturel m'a fait foncé. Si mon compte de banque avait eu une voix. Il m'aurait grondé, mais je n'aurais rien écouté. Je me suis vraiment plu à attendre l'ouverture d'une gare à Lyon en discutant avec un skieur anglais d'Oxford, en partageant un petit repas avec d'autres voyageurs aussi démunis que moi ou en prenant sous l'impulsion des décisions inattendue comme d'aller visiter une rencontre de train dans une ville lointaine au fond de la Moravie. Je suis plein d'anecdotes et de petites choses qui ont rendu ce voyage fantastique.
Voilà ce qu'est ma vie. Je vais là où ma fortune me mène. J'ai voulu connaître les délices d'une aventure déréglée. Me voilà soumis à ce nouveau jeu du destin. Me laissant porter sans résistance sur les routes. Je serai au lever en terre de France.
J'aurais tellement à écrire, à dire sur ce qui est arrivé, mais je n'ai pas le temps. Je pars très bientôt pour d'autres aventures. Le vent me portera à l'est, je crois. Je ne sais pas. Une amie devrait arriver durant les prochains jours et avec elle le voyage continuera. Je pense qu'il me faut encore découvrir l'effet du voyage sur moi. J'ai une sensation étrange à chaque départ, à chaque retour et durant chaque aventure. C'est bien sûr l'un des effets recherchés, mais c'est aussi un effet qui me reste étranger et que je voudrais explorer. Enfin... Je retourne aux préparatifs. Tu me manques mon ami, mais le temps de mon retour est chaque jour plus près.
À bientôt
Gabriel