lundi 24 mars 2008

Le retour... et ce n'est pas la fin

Mon ami,

Je suis de retour d'un voyage dans un voyage. Je suis arrivé hier à la gare de Brême d'un long voyage qui m'a porté de Dresde à Strasbourg en passant par Venise, Vienne, Bratislava, Nice et Olomouc. Je suis épuisé, mais heureux d'avoir vécu une chose pareil. C'était fantastique et inoubliable. J'aurais tant voulu te voir avec moi et vivre cette expérience en ta compagnie. Je dois dire que je ne sais pas si tu aurais apprécié mon mode de voyage, mais nous aurions eu beaucoup de plaisir j'en suis certain.
Je ne te raconterai pas le tout en détail et je ne détaillerai pas toutes mes aventures, mais je veux te décrire les quelques grands traits de mes jours d'aventure un peu partout en Europe. Je ne sais pas par où commencer. Je ne sais pas par où commencer. Peut-être que je pourrais faire les premiers pas en te disant que je n'ai pas pris le chemin prévu. Je ne suis pas allé à Rome ni à Florence. Bologne et Vérone n'ont été que des haltes dans ma route entre Venise et Nice. Pourquoi? C'est l'histoire de mon voyage. Je cite ici mon carnet de notes.

Je suis présentement dans un train pour Vérone. Sans avoir eu le temps de voir Bologne où j'étais, il y a peu et je n'ai pas eu le temps de sentir l'Italie. Je serai cette nuit en route pour Nice.
Voilà ce qu'est ma vie. Je vais là où ma fortune me mène. J'ai voulu connaître les délices d'une aventure déréglée. Me voilà soumis à ce nouveau jeu du destin. Me laissant porter sans résistance sur les routes. Je serai au lever en terre de France.
Je me suis laissé aller à mes désirs et inspiré par mon manque de ressource. L'ensemble du voyage était à la base risquée et mon orgueil naturel m'a fait foncé. Si mon compte de banque avait eu une voix. Il m'aurait grondé, mais je n'aurais rien écouté. Je me suis vraiment plu à attendre l'ouverture d'une gare à Lyon en discutant avec un skieur anglais d'Oxford, en partageant un petit repas avec d'autres voyageurs aussi démunis que moi ou en prenant sous l'impulsion des décisions inattendue comme d'aller visiter une rencontre de train dans une ville lointaine au fond de la Moravie. Je suis plein d'anecdotes et de petites choses qui ont rendu ce voyage fantastique.
J'aurais tellement à écrire, à dire sur ce qui est arrivé, mais je n'ai pas le temps. Je pars très bientôt pour d'autres aventures. Le vent me portera à l'est, je crois. Je ne sais pas. Une amie devrait arriver durant les prochains jours et avec elle le voyage continuera. Je pense qu'il me faut encore découvrir l'effet du voyage sur moi. J'ai une sensation étrange à chaque départ, à chaque retour et durant chaque aventure. C'est bien sûr l'un des effets recherchés, mais c'est aussi un effet qui me reste étranger et que je voudrais explorer. Enfin... Je retourne aux préparatifs. Tu me manques mon ami, mais le temps de mon retour est chaque jour plus près.
À bientôt
Gabriel

mercredi 5 mars 2008

Un voyage dans un voyage

Salut mon ami,

Je t'écris pour te dire que je pars demain matin pour d'autres aventures. Je pars pour deux semaines dans une aventure qui promet beaucoup. Opéra à Dresde, danse à Vienne, rencontre d'une amie de longue date quelque part en Italie du Nord. Le menu est alléchant! Venise, Rome et d'autres villes sont aussi des endroits où mon corps veut aller s'installer le temps d'une journée. Il veut sentir le vent marin et le temps qui a travaillé une ville aussi vieille que légendaire. Il veut toucher le marbre romain et sentir l'odeur de la ville plusieurs fois millénaire. Mon corps veut beaucoup et mon esprit autant. J'ai préparé un bon carnet, de bons stylos et des livres de voyage. Lesquels? Le principal est encore une oeuvre d'Onfray : Théorie du voyage. Je l'ai acheté il y a déjà quelques semaines à Paris et je le réservais depuis pour ce long voyage. Long... Ce sera trois semaines intense et nouveau. Ma tête bouillonne déjà d'espérance et d'angoisse. Mon corps lui, veut, désir et demande le voyage. J'en ai besoin même si, ironiquement, je suis déjà en voyage. C'est une question, comme bien d'autres, que touchera ma pensée durant les longs trajets en train. L'amitié, l'amour, l'avenir, le temps, l'écriture et la pensée seront d'autres sujets qui déjà m'occupent et qui, à ce moment, trouveront du temps pour se former.

J'ai aussi quelques projets d'écriture qui veulent prendre forme et se planifier un peu plus. Je ne sais si c'est un espoir vain, mais j'espère que cette petite escapade solitaire me fera parcourir autant de terre et de ville que d'île dans l'archipel de pensée dans laquelle j'espère construire des ponts. J'ai tellement de projets, mais trop peu qui sont près de l'humanité. Trop sont vaporeux, beaux, mais illusoire. En espérant que le train sera l'endroit d'une inspiration.

Sur cela, je laisse ce bout de texte à tes yeux et je retourne à mes préparatifs. Oui, je sais. Je pars demain et je devrais déjà avoir fait mes trucs... mais tu me connais.

Prends soin de toi

Gabriel

dimanche 2 mars 2008

Mon nouvel et mon vieil appart

Salut mon ami,

Me voilà, un beau matin, dans mon nouvel appartement. La première chose que je peux dire c'est qu'il est à 1000 milles du premier. Ici, je suis avec 9 autres étudiants et ça bouge du matin au soir! Hier, ma première soirée ici, j'ai passé la soirée à boire dans une des salles à manger. Au milieu de la nuit, quelqu'un jouait du piano. À 2h du matin nous sommes sorties danser jusqu'à 4h... Je crois que je vais aimer. Je ne veux pas avoir trop d'espoir, car une amie d'ici a eu une mauvaise impression de ses colocs. Ils disaient socialiser beaucoup, mais la réalité a montré des gens discrets et solitaires. Je n'aime pas généralement me créer des faux espoirs sur les choses. C'est une tendance naturelle chez moi, mais je tente de me concentrer sur le présent immédiat. C'est un effort qui, je pense, en vaut la peine.
Il reste que c'est totalement différent de mon premier appartement qui était calme, lointain et très peu social. Kathrin, la seconde coloc avec Léna, est aussi partie. Je m'entendais bien avec elle. Nous mangions souvent ensemble. Nous échangions. Avec Léna c'était différent. Elle était tellement stressée avec les études et le bébé qu'il ne fallait pas trop avoir d'espoir de discussion avec elle. Soit elle s'occupait de Luca, soit elle étudiait. Kathrin n'étant pas là très souvent. Je peux presque dire que c'était un appartement vide, désert où je vivais presque seul. Il y avait des avantages à cet appartement, mais je ne peux pas encore vraiment comparer avec ce que je vais vire ici. J'en reparlerai dans une autre lettre.
Ce que je peux comparer tout de suite, c'est l'emplacement des deux appartements. Le premier était à l'autre bout de la ville. C'était à 20 minutes de tram de la gare. Personne ne connaissait et il n'y avait rien à distance de marche outre un supermarché, un vendeur de Döner et l'arrêt de tram. Ici, je suis près de tout. Je suis dans le quartier de la fête. Je peux tout rejoindre à pied. C'est vraiment un endroit fantastique. Je sortais du bar, hier, vers 4h et il y avait encore des gens comme si nous étions en plein jour. Les kiosques de bords de rue vendant kebabs, döners et bières étaient encore ouverts. Je pense que je vais me plaire.

Sur ce, j'arrête d'écrire et je retourne un peu à l'exploration du quartier et de ce nouveau milieu.

Prend bien soin de toi

Gabriel

samedi 1 mars 2008

Onfray en fragments

"Je ne dis les autres, sinon pour d'autant plus me dire."
- Michel de Montaigne

Salut l'ami,
Tu me connais. Je lis en fragments, en morceau et je veux te faire profiter de quelques phrases qui m'ont touché, dérangé, amusé et fais réfléchir. Pour parfaire le sentiment d'explosion et de dispersion que je ressens durant mes lectures. Je vais ici te laisser à lire des citations de citation. J'ai principalement lu Onfray, comme tu t'en serais douté, et pour cela je vais te faire voyager un peu dans le monde des références de cet auteur. Je vais citer les citations qu'il fait et qui m'on vait vibrer autant dans de corps que d'esprit. Je note ici que ce sont des passages tirés de son livre Le désir d'être un volcan.

Ici, il cite de manière très amusant un certain Pascal Quignard tirant le mot de son livre Le Sexe et l'Effroi.
Par exemple, je me demande encore si Pascal Quignard m'a bien sodomisé, ou si j'ai mal compris. En effet, on peut lire sous sa plume, au bout de son stylet: "Celui qui écrit sodomise. Celui qui lit est sodomisé." et je l'ai lu.
Ici aussi il cite Malraux qui cite à son tour Hugo dans un passage qui me fait vivre de magnifique sentiment et qui, plus qu'un long discours, me fait rêver d'un monde d'héroisme.
Oh! Quel farouche bruit font dans le crépuscule
Les chênes qu'on abat pour le bûcher d'Hercule
Que penses-tu de ce magnifique passage? Que de force! Que de sublime! Il me retourne en moi et en ma réflexion sur les grands hommes. J'aime lire et connaître les belles individualités et les destins cosmiques. Notre monde manque peut-être d'admiration pour l'individuel et ce qu'appelle Onfray "les figures singulières, les destins sans duplication, les monades rebelles" et "les styles à l'oeuvre". N'est-ce pas quelque chose qui semble évacué de notre société? Pire peut-être. N'est-ce pas le genre de personne qui est jeté hors de notre culture quand, dans les temps anciens, on les suivait et tentait le destin!

Enfin, je termine ce mois par une longue citation tirée encore de Le désir d'être un volcan car il celle bien le thème amoureux du temps de cupidon.
Le voluptueux ne jouit jamais seul, malgré l'autre ou contre lui. Pas de solipsisme ou de métaphysique désespérée de l'incommunicabilité, mais une intersubjectivité radieuse. Ainsi, lorsqu'il fait l'éloge de l'amour, La Mettrie ne vise pas la pure décharge d'une énergie et sa réitération, comme Sade. En revanche, il fait l'éloge de ce qui précède, ce qui suit, ce qui est. Sur le mode baroque, il effectue des variations contournées, chantournées, sur le thème amoureux : attendre le désir, le désirer, vouloir le plaisir, le solliciter, s'en souvenir, le convoquer, le réaliser, le sculpter en quelque sorte. "La jouissance nous enlève hors de nous-mêmes ", écrit-il, elle nous arrache à notre triste condition de mortels, et nous élève jusqu'au sommet de la volupté. Jubiler, c'est oublier qu'on doit mourir, qu'on va mourir. Et voilà l'essence baroque de la philosophie libertine : elle est construite sur l'ombre de cette nécessité qu'est la mort et la lumière qu'est la possibilité de la volupté. Nocturne le néant, solaire la jouissance. Lisons-le : "Jouissons du peu de moments qui nous restent; buvons, chantons, aimons qui nous aime; que les jeux et les ris suivent nos pas; que toutes les voluptés viennent tour à tour, tantôt amusées, tantôt enchanter nos âmes; et quelque courte que soit la vie, nous aurons vécu."
(Michel Onfray, Le désir d'être un volcan, p. 239-240)

Gabriel