Salut mon ami,
Je vais t'écrire ici un peu de mon voyage. Tu sais bien que je ne suis pas un grand amateur d'accumulation de faits et d'événements, mais ici, je pense qu'un peu de narration simple peut t'intéresser sans trop m'ennuyer. Je vais te parler de l'est.
Quand je m'étends et je me demande ce que je retiens d'un mois presque complet de voyage... je pense à cette courte pointe jusqu'à la mer noire. Je ne sais pas ce qui m'a plu ou touchez-le plus. Ce fut vraiment un événement puissant et troublant.
L'idée de cette aventure est née dans une volonté double. J'étais avec une amie très chère à moi avec qui je partage un goût pour la gratuité et l'extravagance. Ensemble, après avoir visité Amsterdam et Zurich, avons décidé d'aller plus loin et de tirer le maximum des cartes de trains que nous avions achetés. Voilà qu'était née cette idée folle. Nous sommes parties pour une aventure de plus de 2000 kilomètres pour nous rendre de Brême à la mer noire.
C'était la première fois que je me rendais dans des pays profondément différends du mien. On peut dire biens des choses, mais les pays que j'avais visités par le passé avaient tous quelque chose de profondément occidental. Je prendrais ici une division politique du temps de la guerre froide pour faire la différence entre les pays de l'ouest et de l'est.
Dès que nous avons traversé la frontière entre l'Autriche et la Hongrie, les choses ont changé. Pas nécessairement physiquement, mais dans l'ambiance. Ce n'était pas plus pauvre, mais le "ton" étais différent. Je dois dire ici que j'ai beaucoup apprécié les quelques moments que j'ai passé dans la capitale de ce pays : Budapest. Ce n'était qu'une halte sur notre route, mais j'ai eu un très bon sentiment qui me fait promettre que j'y retournerais un jour pour plus longtemps. La ville avait un charme doux, une sorte de force mystérieuse. Je ne pourrais dire si c'était les connaissances que j'avais de ce pays où quelque chose de comparable au "Berliner Luft", mais je n'ai pu me retenir de dire à ma charmante camarade de voyage en quelques mots obscurs mon sentiment face à cette ville étrange. Je me sentais dans un autre monde, dans une autre culture. Je ne savais pas encore à quel point j'allais être dépaysé rendu en Roumanie. Budapest allait être très "Westernized" comparée à ce que j'allais y voir.
Je ne trouve pas de mot pour décrire ce que je pense de Bucarest. Je pense que je devrais y retourner pour bien définir mon sentiment, parce que la ville n'était pas dans son état normal. J'y suis arrivé au coeur de la conférence de l'OTAN. L'ensemble de la ville était morte. À chaque pas que nous voulions faire vers un monument, nous étions interceptés par un policier en manque de dialogue. Il y avait bien 2-3 policiers par personne dans les rues. Je souris encore quand je pense aux 4 policiers qui nous ont intercepté pendant que nous regardions l'horaire de l'opéra. Ils ont ont fait vider nos sacs et ont jeté un oeil trop attentif à nos passeports. Étant le plus vocaux, ils m'ont même posé des questions sur moi, ma famille et mon voyage. Je ne leur en veux pas. Ils devaient tellement s'ennuyer que je leur devais bien une ou deux réponses.Reste que l'architecture à mi-chemin entre la gloire d'un pays ancien et la ruine m'a laissé une belle marque dans les souvenirs. Nous sommes restés un peu plus longtemps dans cette ville. J'ai fait dans cette ville ma première rencontre avec un racoleur. Ce qui était assez amusant. J'aurais aimé y rester un temps où la ville était plus vivante, plus mouvant... mais ce sera pour l'avenir. Alors, c'est de là que nous sommes parties pour la mer noire. Le trajet était long et le paysagent étrange, sal et pollué. Je voyais la pauvreté comme je ne l'avais pas encore vue... et nous sommes arrivés à Constanta, le plus grand port sur la mer noire du pays. Nous avons foncé voir l'objet de notre voyage et de nos long. Je n'ai pas été déçu. Surpris peut-être, mais loin d'être déçu! J'avais déjà vu tant de mystérieuse côte rocheuse ou de sable. J'avais vu peu avant la côte d'Azur et Brême est bien près de la mer du Nord. Je voulais autre chose. J'ai vu un port gigantesque plein de grues gargantuesques équipant des navires vieux et sal. Était-ce comme le port de Hambourg? Non! C'était tout sauf ça. Hambourg ressemble un peu à chez nous, à Montréal. C'est assez propre et moderne. Là, c'était autre chose. C'était du vent, du brouillard même sous un soleil chaud et tapant. Je me tenais là, sur le haut de la ville à contempler cette machine... J'ai été charmé. La mer était là, derrière les grues et le brouillard qui ne voulait se dissiper. Devant il y avait la mer, une mer touchant à la Turquie, à la Russie et allant encore plus loin. En me promenant dans les rues de la ville, j'ai été stupéfait de voir des panneaux affichant la direction pour Istanbul... ou, comme j'aime mieux l'appeler... Constantinople. Oui, c'était encore loin, mais c'était là.

C'était là l'objectif du voyage... le retour fut calme, doux et plein de belles conversations avec mon amie. Le trajet était long en kilomètre, mais pas en temps. Le temps passe toujours plus vite en bonne compagnie dit-on. Nous avons fait dans ce voyage plus de 4000 km en train et je pense que j'aime le train maintenant.
Ce qui reste au final dans ma tête encore plus que les villes visitée c'est le temps dans le train. Les contrôleurs regardant sans trop comprendre nos passes et parfois écrivant quelques chiffres pensant cacher leurs ignorances et des douaniers nous réveillant deux à trois fois dans la nuit pour vérifier nos papiers. Puis les rencontres... Puis le temps avec celle qui faisait cette folie avec moi. On dit que pour connaître quelqu'un, il faut voyager avec et je suis d'accord avec cela. Je ne dis pas connaître parfaitement cette Rose de l'Ouest, mais je la connais mieux et je garde pour elle de profonds sentiments. J'ai voyagé avec peu de gens avec qui je reprendrais la route. Je suis quelqu'un de difficile, mais avec elle. Je le referais, comme je reprendrais la route avec David et quelques autres.
Je parle ici d'une aventure transformante pour moi. Je sais qu'on pourra me dire que je ne suis pas allé en Inde, en Chine ou même en Amérique du Sud. Là je serais plus dépaysé. Je le sais et je le crois aussi, mais ce que j'ai vu dans ce clin d'oeil en Europe de l'est était quand même pour moi un fait troublant. Ces pays ne sont pas des pays nouvellement colonisés, ou totalement étrangers en culture. Ils ont été part de toutes mes lectures d'histoire. Ils font partie de l'Europe. J'aurais pu passer voir les châteaux de Transylvanie si j'avais voulu. J'étais près. J'ai traversé ce qui était jadis l'Empire Austrohongrois. Ce n'est pas une petite partie de l'histoire européenne et occidentale... mais je me suis trouvé face à quelque chose de profondément différent de ce que je connaissais. J'ai vu des pays différents et donc l'économie souffre plus que celles des grands pays d'occident. Peut-être est-ce l'avenir de nos économies occidentales face à la montée d'autres puissances. Ils étaient les puissances de jadis... et maintenant?
C'était une folie d'aller là-bas et je suis très content de l'avoir fait. Je n'ai pas pris beaucoup de temps à chaque endroit, mais je pense que ce n'est que partie remise. Je sais ce à quoi je vais avoir à faire si j'y retourne... et si le monde arrête de tourner dans ces cités... si les choses restent stable... Je sais que ce ne sera pas pareil, mais ce sera une autre aventure. Celle-ci n'était pas pour voir des villes. C'était pour du train et la mer noire... et une amie.
Je pense à toi
Gabriel
Voici un petit "dessin" du trajet.
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samedi 19 avril 2008
Un "trip" dans l'est
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