Bonsoir mon bel ami,
Les mille et une nuits sont des contes que j'ai toujours aimés. Depuis que j'ai l'âge de comprendre les mots du langage, j'ai toujours apprécié les mondes à mi-chemin entre le réel et l'imaginaire... même si j'ai aujourd'hui des doutes sur la distance qu'il y a entre le réel et l'imaginaire. Baudolino, un autre livre que je lis ces jours-ci écrit par Umberto Eco, exprime bien mes espoirs en même temps que mes craintes. Enfin... Il reste que je suis profondément touché, à chaque lecture, par les mondes de ces mille et une nuits. Comme je disais adolescent : "Quand trouverais-je ma Shéhérazade pour occuper mon lit toutes les nuits de ma vie?" et je pense que l'idée reste d'actualité.
As-tu déjà lu entendu ou lu quelques légendes et histoire que cette fantastique femme raconte à son mari sanguinaire? Si tu me le demandais, je ne saurais t'en suggérer une, ou deux... Je dirais qu'il faudrait que tu prennes un bon thé et que tu lises ce que cette belle de l'est raconte à son royal mari. Tu y verrais beaucoup de choses originales, nouvelles et qui ont été penser il y a déjà des siècles. Tu y verrais l'origine de bien des histoires de notre modernité. Je ne parlerais pas d'Ali Babe et de ses 40 voleurs ou de Sinbad, mais je t'encouragerais à lire toutes les histoires mêlées avec la caverne d'Ali Baba
J'ai été souvent regardé de travers quand j'affirmais lire des contes, même s'ils étaient d'une aussi grande valeur que les mille et une nuits et je n'ai jamais compris pourquoi. Qu'a-t-on contre ce genre? Est-ce parce que conte rime avec histoire pour enfant? Je crois qu'il y a un peu de vrai dans cela, mais c'est, comme pour bien des choses, l'affaire de ceux qui jugent avant de connaître.
Oui, Aladin a été repris par Disney comme bien d'autre conte, mais il a été refait, revisité pour plaire à un public différent. Je ne serais pas prêt à dire que les mille et une nuits sont pour un jeune public. L'introduction même est bien l'histoire d'une femme qui, trahissant son mari, le pousse à tuer femme après femme après avoir couché avec elles jusqu'à ce que la fille de son Vizir Shéhérazade, vienne et commence à lui conter des histoires plus merveilleuses les unes que les autres. Le poussant ainsi à l'épargner pour qu'il puisse ainsi entendre la suite. Belle histoire pour les enfants, non? Et les contes ont tous un petit quelque chose de sombre comme ça. C'est ce qui me charme et qui a sûrement charmé tous ceux qui ont voulu travailler des mois pour en faire une version accessible aux enfants.
Encore là, on ne parle généralement que d'une traduction des contes. Celle que j'ai à ma disposition, celle d'un certain Antoine Galland. On dit qu'il aurait voilé l'invitation charnelle des contes pour s'adapter aux moeurs de son temps. À l'époque de Gide, il y aurait eu une autre version qui, dit-on, serait plus près du texte, plus érotique et érotisante. Une anecdote relève que la mère de Proust affirmait qu'elle ne pouvait se passer de cette version plus charnelle, mais qu'elle encourageait son fils de s'en tenir à celle de Galland. Amusant, non? Cela ne change pourtant rien à mon indifférence pour Proust... Enfin...
J'aime les contes. Ils ont souvent, mais pas toujours, un quelque chose de moral. Une sorte de profondeur qui permet au lecteur de réfléchir sur des questions philosophiques, éthique. Certains sont directement moralisateurs, mais argumentent d'une manière plus intéressante que l'exposé ou la leçon. Encore là, sur un terrain qui normalement ne me plairait pas, il gagne des points et touche mon intérêt. Est-ce pour cela qu'il est souvent dédaigné par les gens que j'ai rencontrés? Parce qu'il parle de morale et fait réfléchir? Je ne sais pas, mais s'ils sont réellement enfantins, alors je suis content de rester enfant et je vais me faire un plaisir de raconter à chaque soir un conte à mon fils. Il connaîtra les mille et une nuits comme il connaîtra Perrot, Lafontaine, les frères Grimm et tout ce qui tourne autour des contes : les mythologies comme l'Odyssé, l’Iliade, l'Edda (la grande saga norvégienne) et tous les autres "mythes fondateurs". Pour petit et grand, je pense que ces textes restent d'excellent point entre l'éducation et le divertissement.
J'allais demander rhétoriquement "Pourquoi est-ce que Batman plairait plus qu'Achile ou pourquoi Superman plus qu'Hercule? Ne sont-ils pas autant fort, aventuriers, rebelles?". J'allais poser la question la prenant comme un argument, mais je trouve maintenant qu'il peut y avoir débat. Batman et Superman sont des héros plus modernes, plus près de la réalité contemporaine que le sont Achile ou Hercule (le sont-ils? dans le temps peut-être, mais...). Superman et Batman ont aussi un contenu moral et philosophique. Ils se battent tous deux pour défendre les hommes et ils doivent faire des choix moraux, éthiques entre leurs devoirs de héros et leurs vies quotidiennes. Je ne porte pas de doute trop direct en la valeur de ce genre de questionnement. Il y a pourtant une différence d'objectif entre les héros en vêtement coloré et nos héros grecs. Est-ce que Hercule veut sauver le monde? Pas à ce que je sache. Il veut devenir dieu et être accepté à l'Olympe. Assez individualiste comme morale? Puis Achile, est-ce un modèle éthique? Pas vraiment plus. Il boude un peu et fonce venger son ami, faire la guerre et acquérir gloire. Puis dans l'Odyssé, Ulysse, est-ce qu'il est mieux? Peut-être. Il tente de rejoindre sa femme et de sauver les hommes qui sont avec lui, son équipage. Reste qu'il a quand même défié les dieux! Je pense que c'est ce qui capture mon suffrage. Je préfère des rebelles comme Ulysse , Hercule et Prométhé que des sauveurs comme le Christ ou Superman. C'est bien Prométhée qui vola le feu aux dieux et créa les hommes. N'est-ce pas un symbole fantastique!? Le créateur des hommes est un voleur autant qu'un créateur!
Voilà un conte fantastique que je ne voudrais pas manquer de raconter à un enfant. Pour faire mon provocateur, je dirais que j'aimerais mieux donner en modèle de vertu un homme qui vole le feu pour le donner aux hommes dans le présent, pour les eiders, qu'un vendeur d'arrières monde et de vie après la mort. J'aime mieux proposé à mon enfant un homme libre et heureux et créateur qu'un vendeur et prêcheur...
Enfin! Il se fait tard et je veux aller rejoindre mes Pénélopes dans le royaume de Morphée.
Je ne t'oublie pas. Voilà une petite photo d'un petit paradis statuesque à Berlin. Le musée de Pergame (Pergamonmuseum en allemand) où je suis allé trop peu de fois encore pour bien profiter de la grandeur de ce qui s'y trouve!
Bonne nuit
Gabriel
mercredi 23 avril 2008
Contes et légendes
Publié par
Gabriel
à l'adresse
8:27 PM
Libellés : Berlin, Europe, Littérature, Quotidien, Réflection
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1 commentaires:
Votre article sur les contes rejoint une discussion que j'ai frequement ces jours-ci avec un bon ami a moi... Portant justement sur la "censure" et "l'infantilisation" des contes. La plupart des contes originaux sont souvent sanglants et cruels. On les a transforme en petites histoires charmantes et remplies de fleurs roses et de papillons bleus, ou tout le monde est heureux et personne ne meurt. Est-ce nessaire? Est-ce souhaitable? La mort, la souffrance et la douleur font autant parti de la vie que la joie et le bonheur. Sommes-nous réellement entrain de "protéger" les enfants en ne leur en parlant jamais? Ou, au contraire, sommes-nous entrain de les fragiliser pour le moment ou ils se retrouverons réellement face a ces situations?
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