"Je ne dis les autres, sinon pour d'autant plus me dire."
- Michel de Montaigne
Salut l'ami,
Tu me connais. Je lis en fragments, en morceau et je veux te faire profiter de quelques phrases qui m'ont touché, dérangé, amusé et fais réfléchir. Pour parfaire le sentiment d'explosion et de dispersion que je ressens durant mes lectures. Je vais ici te laisser à lire des citations de citation. J'ai principalement lu Onfray, comme tu t'en serais douté, et pour cela je vais te faire voyager un peu dans le monde des références de cet auteur. Je vais citer les citations qu'il fait et qui m'on vait vibrer autant dans de corps que d'esprit. Je note ici que ce sont des passages tirés de son livre Le désir d'être un volcan.
Ici, il cite de manière très amusant un certain Pascal Quignard tirant le mot de son livre Le Sexe et l'Effroi.
Par exemple, je me demande encore si Pascal Quignard m'a bien sodomisé, ou si j'ai mal compris. En effet, on peut lire sous sa plume, au bout de son stylet: "Celui qui écrit sodomise. Celui qui lit est sodomisé." et je l'ai lu.Ici aussi il cite Malraux qui cite à son tour Hugo dans un passage qui me fait vivre de magnifique sentiment et qui, plus qu'un long discours, me fait rêver d'un monde d'héroisme.
Oh! Quel farouche bruit font dans le crépusculeQue penses-tu de ce magnifique passage? Que de force! Que de sublime! Il me retourne en moi et en ma réflexion sur les grands hommes. J'aime lire et connaître les belles individualités et les destins cosmiques. Notre monde manque peut-être d'admiration pour l'individuel et ce qu'appelle Onfray "les figures singulières, les destins sans duplication, les monades rebelles" et "les styles à l'oeuvre". N'est-ce pas quelque chose qui semble évacué de notre société? Pire peut-être. N'est-ce pas le genre de personne qui est jeté hors de notre culture quand, dans les temps anciens, on les suivait et tentait le destin!
Les chênes qu'on abat pour le bûcher d'Hercule
Enfin, je termine ce mois par une longue citation tirée encore de Le désir d'être un volcan car il celle bien le thème amoureux du temps de cupidon.
Le voluptueux ne jouit jamais seul, malgré l'autre ou contre lui. Pas de solipsisme ou de métaphysique désespérée de l'incommunicabilité, mais une intersubjectivité radieuse. Ainsi, lorsqu'il fait l'éloge de l'amour, La Mettrie ne vise pas la pure décharge d'une énergie et sa réitération, comme Sade. En revanche, il fait l'éloge de ce qui précède, ce qui suit, ce qui est. Sur le mode baroque, il effectue des variations contournées, chantournées, sur le thème amoureux : attendre le désir, le désirer, vouloir le plaisir, le solliciter, s'en souvenir, le convoquer, le réaliser, le sculpter en quelque sorte. "La jouissance nous enlève hors de nous-mêmes ", écrit-il, elle nous arrache à notre triste condition de mortels, et nous élève jusqu'au sommet de la volupté. Jubiler, c'est oublier qu'on doit mourir, qu'on va mourir. Et voilà l'essence baroque de la philosophie libertine : elle est construite sur l'ombre de cette nécessité qu'est la mort et la lumière qu'est la possibilité de la volupté. Nocturne le néant, solaire la jouissance. Lisons-le : "Jouissons du peu de moments qui nous restent; buvons, chantons, aimons qui nous aime; que les jeux et les ris suivent nos pas; que toutes les voluptés viennent tour à tour, tantôt amusées, tantôt enchanter nos âmes; et quelque courte que soit la vie, nous aurons vécu."(Michel Onfray, Le désir d'être un volcan, p. 239-240)
Gabriel
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