jeudi 14 février 2008

Carmen et la Saint-Valentin

Voilà une petite lettre pour la Saint-Valentin! Je ferai court et conciles. Peut-être à la triste image d'une fête de l'amour qui ne prend que 24 heures dans les 8765 de l'année. Cette petite lettre aura pour thème un court passage de Carmen.

Si tu ne m'aimes pas, je t'aime,
Et si je t’aime prends garde à toi.
-Carmen, Acte I
Voilà qui est un passage puissant et perturbant. On peut critiquer autant que l'on veut l'homme d'être infidèle, mais avec mot tel d'une femme. Comment vouloir rester monogame? Un auteur plus systématique aurait pu écrire ce passage de Carmen ainsi :
Je ne t'aime que parce que tu ne m'aimes pas. Alors si je t'aime et que tu me laisses entré dans ta vie, tu vas prendre du mal.
J'aime et j'ai peur de la violence du "si je t'aime, prends garde à toi" comme si c'était une menace de prison. Est-ce que tomber dans un amour réciproque n'est qu'un allée simple vers une cage? Puis que dire de "Si tu ne m'aimes pas, je t'aime". C'est à la fois la confirmation de la stratégie de désintérêt des séducteurs et l'aveu de l'impossibilité (ou de la grande difficulté) d'un amour égal et réciproque.

C'est là que les grandes questions naissent. Quelle sorte d'égalité existe-t-il entre homme et femme dans le cadre d'un couple? Qu'est-ce que l'on peut espéré des femmes? Est-ce que Carmen est la femme sans la société, sans la culture ou seulement sans le joug du machisme?

Je lis encore Onfray en cette journée de Cupidon et repense à toutes ces questions et à d'autres profondément présente en moi, car posé à chaque réflexion sur ma vie amoureuse. Je repense aujourd'hui où les amoureux sont dans leurs lits à échanger quelques chastes paroles d'amour romantique à toutes les discussions que nous avons eu mon ami sur l'hédonisme. Je relis tes lettres avec énergie et intérêt. J'aime à lire ton style et voir tes mots et tes idées. Cette fois encore je suis heureux de notre correspondance, car j'y trouve nourriture pour mon esprit. Te souviens-tu de cette longue lettre que tu m'avais faite en commentaire à mon hédonisme déclaré? Tu faisais remarquer que l'importante différence entre l'hédoniste et l'idéaliste, en matière d'amour, réside dans la conception qu'ils ont de l'acte sexuel. Tu avais tellement raison! Alors, Carmen penserait l'amour comme moi? Je suis heureux de le penser. J'aime savoir que j'ai quelque chose en commun avec une femme comme elle. En ais je déjà connu une? Peut-être...
Constante lucide du matérialisme : réduire le désir à la physiologie, à l'envie d'un écoulement séminal, à l'appétence d'un mouvement corporel.
Voilà Onfray qui revient sous ma plume. C'est un passage d'un livre qui fait controverse en moi. C'est le contrepoids des arguments idéalistes qui m'entourent ici dans cette vieille Europe. Trop souvent j'entends que l'acte sexuel est un acte immensément important. J'ai toujours douté de ce genre de d'affirmation. Carmen a dû en douter aussi elle placait plus haut que tout la liberté.
Je ne veux pas être tourmentée ni surtout commandée.
Je la comprends et existe plein des mêmes sentiments. C'est en voyage que je découvre en moi un animal plus près du hérisson que des autres. J'aime la liberté et l'amour et pense qu'il est possible de lié les deux sans causer de problème. Voilà la question qui toujours se repose dans mon esprit. Certaines personnes ont dit que je ne suis pas fait naturellement pour le couple. Trop hérisson peut-être?

Viennent se joindre quelques passages de Nietzsche et ma réflexion replonge dans la vie de la belle Carmen.
Ne pas s'attarder à une personne, fût-elle la plus aimée -, toute personne est une prison et aussi un refuge.
L'amour d'un seul être est une barbarie, car on le pratique aux dépens de tous les autres (...).
Toutes ces questions reviennent à demander : Est-ce que le couple vaux la liberté? Est-ce que l'esclavage vaut la sécurité? Je ne sais pas si je suis prêt à de pareils sacrifices. Je ne sais pas si je suis prêt à abandonner ma liberté pour une fusion avec quelqu'un. Peut-être est-ce que j'aime trop le tango pour me donner totalement. J'aime trop cet état d'union solipsiste de deux corps l'instant d'une dance. Peut-être que j'aime trop vivre dans cette sorte d'intensité qui résulte du conflit entre la liberté, le pouvoir et le désir. Peut-être est-ce que je ne veux pas de couple parce que je veux toujours me battre, toujours me pousser à être meilleur? Ce se serait pas vivre comme devant un miroir comme le dirait Baudelaire? C'est ce que je me dis parfois quand je ressens le désir d'avoir une femme à mes côtés à l'instant où je le voudrais. Je me dis que ce serait trop facile, que ce serait abandonner, lancer la serviette.

Après cette longue discussion et ouverture sur mes questions sans trouvé de réponse, je veux laisser un mot plein de réel et de sincérité. Tu me manques mon ami et je t'aime beaucoup. Peu de mots peuvent être trouvés plus près de ce que je veux dire. J'ai très hâte de revoir. Je profite de chaque moment ici avec grande joie, mais sans ta présence, les choses ont moins de valeurs. Profites-en pour laisser mots aux autres de notre cercle : je les aime aussi beaucoup. Je ne vais pas donner de noms, car tu connais aussi bien que moi les gens qui sont dans mon cœur et mes pensées. Tu sais à qui donner une virile poignée de main et à qui laisser un doux baisé sur la main.

Sur ce, je te souhaite une belle journée. Profite du beau soleil de chez toi et de la neige blanche. Ici il ne peut pas beaucoup. Il a même fait très beau ces derniers jours.

Prends bien soin de toi et de ceux que tu aimes

Au revoir

Gabriel

P.S. Pardonne le manque de source de mes citations. Je t'ai écrit avec une telle sincérité que je n'ai pris le temps de noter scrupuleusement les pages et les ouvrages que j'ai consulté. La seule chose certaine, c'est que je les ai toutes trouvés dans les livres de Onfray qui sont autour de ma table d'écriture : Théorie des corps amoureux, Le désir d'être un volcan et La sculpture de soi.

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