Ce sont ici des lettres de bonne foi, lecteur. Elles t'avertissent dès l'entrée que je ne m'y suis proposé aucune fin que domestique et privée. Je l'ai voué à la commodité particulière de mes parents et amis : à ce que m'ayant perdu le temps d'un voyage ils y puissent retrouver aucun trait de mes conditions et humeurs, et que par ce moyen ils nourrissent plus entière et plus vive, la connaissance de mes aventures et caprices. Si c'eût été pour rechercher la faveur du monde ou pour créer chez quelqu'un quelconque jalousie, je me fusse paré et me présenterais en une marche étudiée ou dans un style plus soigné. La forme épistolaire ou l'essai sied mieux à mes mots qu'un autre. Puisque je veux qu'on m'y voie en ma façon simple, naturelle et ordinaire, sans contention et artifice : car c'est moi que je peins. Mes défauts autant que mes erreurs s'y liront au vif, et ma forme naïve, autant que la révérence publique me l'ont permis. Ainsi, Lecteur, je suis moi-même la matière de mes lettres: ce n'est pas raison que tu emploies ton loisir en un sujet si frivole et si vain. À Dieu donc.
Gabriel M, ce premier d'octobre deux mille sept.
P.S. J'avertis à l'instant le curieux qui porte cette qualité à la limite du voyeurisme : je ne donnerai pas tous les détails croustillants et les potins ragoûtants. Pourquoi? À la fois pour respecter l'anonymat des gens concerné et pour donner un peu plus de valeur aux nombreuses lettres que je vais envoyer par la poste. Celles-ci seront pleines de tout ce que le coeur d'un indiscret peut vouloir!
P.S.S. Que mes correspondants non francophones pardonnent le monolinguisme de mon texte ;).
P.S.S.S. inspiré directement “Au lecteur” par Michel de Montaigne.
P.S.S.S.S. Pour ceux qui ont des commentaires sur les textes, comme pour le style par exemple. Je serais très intéressé à les recevoir. Vous connaissez mon adresse!